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    – Deux seigneuries pour tous les exilés
La rivière Yamachiche
La rivière Yamachiche à son embouchure sur le lac Saint-Pierre (auteur Dominic Germain, sans modification, licence CC BY-SA 4.0)

Située à l’ouest de Trois-Rivières, sur la rive nord du lac Saint-Pierre, la municipalité d’Yamachiche fait partie de la municipalité régionale de comté de Maskinongé en Mauricie. Elle est délimitée à l’est, par la rivière Yamachiche et à l’ouest, par la petite rivière Yamachiche qui traverse le centre urbain…

L’histoire d’Yamachiche se confond avec celle de la seigneurie de Grosbois, concédée en 1653 à Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières. En 1693, Pierre Boucher divisa en deux sa seigneurie et céda à son fils sa partie ouest (petite rivière Yamachiche), chacun des deux fiefs comportant ainsi l’embouchure d’une rivière. En 1702, il vendit la partie est de sa seigneurie (rivière Yamachiche) à ses deux neveux Charles et Julien Lesieur, ce qui permit la colonisation du territoire. Bien plus tard, en juillet 1767, une goélette se présenta à l’embouchure de la rivière Yamachiche, transportant un fort contingent d’Acadiens de retour de déportation au Massachusetts. La famille Lesieur, toujours propriétaire de la seigneurie de Grosbois-Est, était prête à les accueillir sur une concession encore en forêt. Mais le tout nouveau seigneur de Grosbois-Ouest, qui n’était pas français, ne partageait pas du tout cet enthousiasme…

Des voisins pas très catholiques

Jusqu’à 42 familles acadiennes, soit 192 personnes, s’installèrent sur la concession de la famille Lesieur. Les villageois canadiens-français de la paroisse Sainte-Anne d’Yamachiche, fondée en 1722, leur avaient fait un accueil chaleureux. Comment ne pas accueillir avec générosité ces bons Catholiques de langue française si courageux et solidaires, alors que le Canada subissait maintenant la domination anglaise ? Le curé de la paroisse, Jacques-Maxime Chef de ville de la Garenne, s’était empressé de revalider les mariages et les baptêmes des Acadiens qui n’avaient pas pu se dérouler normalement au Massachusetts, faute de prêtre. Pour sa part, le nouveau seigneur de Grosbois-Ouest, un certain Conrad Gugy, n’éprouvait pas du tout la même compassion pour les Acadiens. En 1778, il fit même venir dans sa seigneurie de curieux voisins… pas très catholiques.

Statue de Loyalistes américains
Statue de Loyalistes américains à Hamilton, Ontario (auteur User:Saforrest, sans modification, licence CC BY-SA 3.0)

D’origine suisse de langue française, Conrad Gugy avait servi comme lieutenant dans l’armée anglaise. Etant parfaitement bilingue, il fut engagé en octobre 1763 comme secrétaire de Frederick Haldimand, le nouveau gouverneur de Trois-Rivières. En 1764, il fit l’acquisition de la seigneurie de Grosbois-Ouest et l’année suivante fut nommé juge de paix. Resté fidèle au roi d’Angleterre, il ne pouvait quand même pas accueillir les Acadiens, même s’il tolérait leur présence. Par contre, en 1778 et 1779, il recueillit dans son fief jusqu’à 440 Loyalistes américains qui durent très majoritairement quitter les lieux en 1784 pour s’installer définitivement ailleurs. Conrad Gugy avait réussi à faire cohabiter tous ces exilés de culture et d’intérêt si différents, mais les Acadiens, eux, sont restés à Yamachiche et s’y sont enracinés…

Voici quelques familles acadiennes pionnières d’Yamachiche (source Bona Arsenault) : Joseph Doucet, de Chipoudy, marié à Anne Mélanson ; Joseph Landry, de Grand-Pré, marié à Madeleine Doiron ; Pierre Mélanson, de Port-Royal, marié à Isabelle Richard ; Joseph Vincent, de Pisiguit, marié à Marie-Jeanne Benoît…