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  • Broussard (Côte Gelée)
    – Un vocabulaire marin au cœur des prairies cadiennes

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Scène d’un gel hivernal
Scène d’un gel hivernal tout comme en Acadie (photo crédit : Sam Bourland, fineartamerica)

Après une épidémie de fièvre jaune ou de petite vérole en juin 1765, un groupe de 37 Acadiens quitte Fausse Pointe pour s’installer plus au nord. Certains choisissent la prairie qui prendra plus tard dans sa partie orientale le nom de Prairie Côte Gelée entre les bayous Tortue et Vermilion au sud de l’actuelle ville de Lafayette (voir la carte de Donald J. Arceneaux ci-dessous). Les familles Broussard et Thibodeaux arrivent les premières sur les lieux qui deviendront Broussard en périphérie de Lafayette, là où se trouve aujourd’hui le charmant “Village acadien”. En quelques semaines, d’autres familles acadiennes, notamment les Comeau, les Landry, les Breaux, les Girouard, les Ménard et les LeBlanc, se joignent à la colonie naissante. Puis un matin pas comme les autres, un gel hivernal recouvre d’un manteau blanc les arbres et la végétation. Émerveillés devant ce tableau somptueux, les Acadiens décidèrent alors de nommer leur nouveau village “Côte Gelée” qui deviendra Broussard 119 ans plus tard d’après Valsin Broussard, un descendant direct de Beausoleil. D’autres réfugiés acadiens préfèrent remonter le Bayou Teche jusqu’à une courbe allant vers l’ouest en amont du village actuel de Parks et s’établir à un endroit qu’ils baptisent La Pointe du Repos. Aman Thibodeau, Paul Thibodeaux, François Guilbeau, Michel Bernard, Simon Leblanc, Charles Guilbeau, Marie Babineau (veuve), et Anne Catherine Ducrest (veuve) sont les colons fondateurs de La Pointe du Repos.

Sur la carte de Donald J. Arceneaux, à partir de la ligne pointillée en noir foncé représentant le contour de “la côte” s’étendait “au large” (expression du vocabulaire marin utilisée pour parler de la mer qui se trouve loin des côtes et où il y a de l’espace) un vaste territoire recouvert d’herbe avec une abondance de graminées et de fleurs sauvages, telle que l’iris de la Louisiane, une fleur pourpre-noir bandée d’or, dont la texture est veloutée et l’apparence féérique. Selon le botaniste Brian Sean Early du ministère de la faune et des pêches de Louisiane “les prairies côtières” abritaient autrefois plusieurs variétés d’herbe, “ainsi que des bisons, des loups rouges, des grues blanches, des poulets des prairies, des colins de Virginie, divers oiseaux aquatiques, un éventail de pollinisateurs et d’autres espèces sauvages”. Les prairies cadiennes s’étalent de Côte Gelée (Broussard) jusqu’au lac Charles dans sa partie occidentale.

Carte de Donald J. Arceneaux (source The Attakapas Gazette)

Un vocabulaire marin

Le Petit glossaire cadien-français européen du Louisiana State University nous apprend que “naviguer un char” veut dire “conduire une voiture” et que “amarrer” signifie “attacher”. Il n’est donc pas surprenant que les prairies cadiennes soient parsemées d’un vocabulaire marin comme, par exemple, Île Petite Anse (Avery Island), Île Piquante (Patoutville), Grosse Île près d’Abbeville, Anse La Butte, Anse Robert, Anse Hébert, Pointe-aux-Chênes, Pointe Coupée, et Pointe-aux-Loups. Ces jolis noms témoignent du passé maritime des habitants d’une Acadie lointaine sur la côte Atlantique Nord. Une “île” est un boisé au milieu de la grande étendue. Une “anse” est toute une partie des bois recourbée en arc. Une “pointe” est un lieu ombragé des prairies qui prend la forme d’une presqu’île. Une “côte” est tout simplement un littoral. Petite Anse au sud de Broussard est située au cœur d’une zone nommée Prairie Au Large.

Courir de Mardi Gras
Courir de Mardi Gras dans les prairies cadiennes (photo crédit : cajunzydecophotos)

Les nombreux Acadiens qui se sont aventurés dans les prairies au fil du temps ont instauré un style de vie de subsistance impliquant la chasse, la pêche et le piégeage, en même temps que des activités restreintes d’agriculture et d’élevage. Pendant les décennies qui ont suivi (1770-1880), les Cajuns des prairies, aussi appelés les gens des Prairies cadiennes ont vécu dans un isolement presque total, développant ainsi une riche sous-culture comprenant une cuisine unique, des divertissements et des traditions populaires, comme les festivités du Courir de Mardi Gras qui ont lieu à travers les prairies. Enraciné dans l’histoire médiévale française et amené en Louisiane au 19e siècle, Courir de Mardi Gras a de nombreux rituels qui se réunissent dans une célébration joyeuse de Mardi Gras.

Il importe enfin de savoir que l’Acadie, devenue la Nouvelle-Écosse en 1713, est une grande presqu’île de 13300 kilomètres (8,264 milles) de côte y compris les îles.