> Amérique tropicale Introduction historique

Acadie dans la zone Amérique Tropicale

Le Môle Saint-Nicolas dans l’île de Saint-Domingue, vu du mouillage (auteur Ozanne, domaine public)

Les réfugiés acadiens en Amérique tropicale

En février 1763, à l’issue de la guerre de Sept Ans, le traité de Paris mettait fin à la présence française en Amérique du nord. La France ne conservait que le petit archipel de Saint-Pierre et Miquelon et ses droits de pêche à Terre-Neuve. Mais elle préservait ses principales possessions en Amérique tropicale, c’est-à-dire la Guyane, Saint-Domingue, la Guadeloupe, la Martinique et Sainte-Lucie. Pour le duc de Choiseul, secrétaire d’Etat à la Guerre et à la Marine, le traité de Paris constituait un succès diplomatique inespéré. Le grand commerce colonial français était sauvé, du moins en apparence…

En réalité, les autorités françaises ne songeaient qu’à consolider ce qui restait de leur empire colonial, fondé sur des colonies de plantations esclavagistes et une abondante main d’œuvre d’esclaves africains. Ce système était pourtant profondément menacé par la persistance du marronnage (esclaves en fuite) et les violences exercées contre les Blancs par certains esclaves africains et Noirs libres. Après 1763, les autorités françaises décidèrent d’encourager la migration massive de travailleurs libres blancs, considérés comme de loyaux sujets. Cette nouvelle stratégie s’appuyait sur une doctrine naissante promue par certains économistes (les “physiocrates”), selon laquelle toute richesse vient de la terre et la seule classe productive est celle des agriculteurs. Des riches fermiers, compétents en agriculture, se voyaient attribuer des terres ainsi que des paysans blancs pour les exploiter, en proportion du capital investi. Les paysans recevaient de petits lots de terre, mais devaient élever du bétail et faire pousser des cultures vivrières pour le compte de leur propriétaire, dont ils étaient salariés. Dans ce schéma, l’esclavage n’avait pas sa place…

La Nouvelle Colonie de Guyane

Vue idéalisée de la Nouvelle Colonie de Guyane (nouvelle Cayenne), à l’embouchure de la rivière Kourou (source Bibliothèque nationale de France)

Dès février 1763, c’est ce schéma qui fut adopté en priorité pour la Nouvelle Colonie de Guyane. Avec 5000 esclaves noirs et seulement 750 Blancs, la Guyane avait bien besoin de lourds investissements. Choiseul nomma deux adeptes de la physiocratie, l’un comme gouverneur, l’autre comme intendant de la Nouvelle Colonie. Il alla même jusqu’à interdire l’importation d’esclaves noirs, pour dissuader les nouveaux propriétaires terriens de recourir aux grandes cultures commerciales comme le sucre, le café ou l’indigo. Mais il restait maintenant une difficulté de taille. Il fallait recruter 10000 colons blancs, au service d’une poignée de grands propriétaires, pour s’installer à l’embouchure de la rivière Kourou, le site choisi pour la Nouvelle Colonie, au nord-ouest de Cayenne…

Choiseul se tourna très vite vers les Acadiens réfugiés en France, en leur promettant une terre cultivable en Guyane et, avant leur départ, une prime de 50 livres par famille avec un enfant, augmentée de 10 livres par enfant supplémentaire. L’offre semblait alléchante, puisqu’ils pouvaient continuer de percevoir la solde qui leur était versée en France. Pour autant, avaient-ils vraiment le choix, puisqu’en cas de refus, Choiseul menaçait de supprimer leur solde ? Les Acadiens en étaient réduits à former une main d’œuvre captive et malléable, mais sûre et bon marché. En effet, la prime versée par famille était bien inférieure au prix d’un esclave africain en bonne santé, soit 2000 livres. Les autres migrants, beaucoup plus nombreux, recrutés aux frontières est de la France, étaient en majorité des colons de langue allemande provenant de Bavière et d’Alsace…

Malheureusement, dès leur arrivée en Guyane, dans les premiers mois de 1764, la colonie n’était pas prête à recevoir tous ces migrants et connut un véritable désastre humanitaire, le plus meurtrier de toute l’histoire de la colonisation européenne des Amériques. On évalue le nombre des colons blancs, tous volontaires, envoyés en Guyane, à 14000, dont la plupart périrent de maladies ou de malnutrition pendant le voyage ou dans les premiers mois suivant leur arrivée dans la colonie. Parmi les colons survivants restés en Guyane, des Acadiens réussirent à former des communautés locales prospères en marge de la société créole guyanaise. C’est l’objet du premier des deux articles consacrés à l’Amérique tropicale : “Kourou (Guyane) – Du désastre a émergé une Acadie guyanaise”.

Le Môle Saint-Nicolas

Carte de Saint-Domingue (source Acadie Nouvelle)

Au même moment, en février 1764, plus de 500 Acadiens arrivaient au Môle Saint-Nicolas, un site abandonné à l’extrémité ouest de la péninsule nord de la colonie de Saint-Domingue. Ce deuxième grand projet colonial de l’après-guerre ne manquait pas de panache. Le Môle était situé à un emplacement stratégique essentiel pour contrôler la navigation entre la côte sud de Cuba et la Jamaïque. L’ambition des autorités françaises était-elle démesurée ? Le Môle devait fonctionner à la fois comme une base militaire et une colonie de fermiers blancs. Dans le rôle de colons, les Acadiens avaient été jugés plus capables que les migrants français habituels. Encore fallait-il passer de la théorie à la pratique.

En juillet 1764, quand le gouverneur de Saint-Domingue effectua sa première visite au Môle, il pensait trouver une colonie prospère. Il fut au contraire affligé du spectacle désolant qui se présenta à lui. C’est l’objet du second des deux articles consacrés à l’Amérique tropicale : “Môle Saint-Nicolas (Haïti) – Quand la cupidité s’ajoute à l’improvisation”.

Liste des communautés
acadiennes

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