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  • Port Hudson (Bayou des Écores)
    – Un grand déplacement après deux ouragans de suite
Thomson Creek, anciennement Bayou des Écores
Thomson Creek, anciennement Bayou des Écores (photo crédit : Gerard Bultman, Facebook)

Le Bayou des Écores, aujourd’hui Thompson Creek, est situé dans la paroisse de Feliciana Ouest, près de Bâton Rouge, à quelques 66 kilomètres au nord de l’embouchure du Bayou Lafourche sur le fleuve Mississippi. Après la Révolution américaine, l’Espagne et les États-Unis ont revendiqué la région. Pour bien marquer le territoire de la Louisiane espagnole, le gouverneur Esteban Miró créa en 1785 le district de Feliciana sur la rive orientale du Mississippi en amont de Bâton Rouge, avec son siège à l’actuel Port Hudson (anciennement appelé Les Écores Blancs). L’endroit est notamment connu pour le siège qui s’y déroula durant la guerre de Sécession. La capitulation de Port Hudson le 9 juillet 1863, a donné à l’Union la maîtrise complète du Mississippi jusqu’à la fin des hostilités, ce qui a facilité le ravitaillement des troupes du Nord. Aux fins de coloniser le nouveau district, Miró a persuadé 53 des 60 familles acadiennes à bord du vaisseau La Ville d’Archangel de s’établir à Feliciana. Les Acadiens venaient tout juste d’arriver de Saint-Malo (France) à bord de ce trois-mâts qui atteignit la Nouvelle-Orléans le 3 décembre 1785, après une traversée océanique de 113 jours en mer. La majorité des familles restantes ont préféré s’enraciner le long du Bayou Lafourche.

La partie supérieure du Bayou des Écores
La partie supérieure du Bayou des Écores (au sable blanc) n’est pas navigable (photo crédit : Scott Lindsey, Southern States Realty)

Le nouveau district de Feliciana n’avait pas d’église. En plus, la colonie espagnole était marquée par une faible présence du clergé. Lorsque les Acadiens atteignirent l’endroit en février 1786, qu’ils baptisèrent Bayou des Écores, en référence aux escarpements sableux (sable blanc) du cours d’eau pouvant présenter un danger pour la navigation, ils décidèrent d’ériger leur église et leur cimetière environ huit kilomètres en amont en face de Pointe Coupée dont l’origine remonte à 1720. Voir notre carnet ayant trait à La Grande Louisiane française pour de plus amples informations concernant la Pointe Coupée. L’évêque de la Nouvelle-Orléans, Cyril Antonio Sieni, mieux connu sous le nom de Cyril de Barcelone, désigna alors un capucin espagnol de Pointe Coupée pour s’occuper des besoins religieux des familles acadiennes sur la rive opposée. De cette façon, le prêtre désigné n’avait qu’à enjamber le Mississippi pour célébrer la messe dominicale et administrer les sacrements nécessaires. C’est pourquoi les registres de l’église de la paroisse de Saint-François à Pointe Coupée (naissances, baptêmes, mariages, funérailles et enterrements) contiennent des noms acadiens. Tout le monde y était gagnant…

Un grand déplacement

Carte dressée par Timothy F. Reilly, où 32 kilomètres séparent Bâton Rouge du Bayou des Écores (source Louisiana Digital Library)

Se sentant isolés, quelques Acadiens de La Ville d’Archangel se sont déplacés vers le sud en direction de la Côte acadienne peu de temps après s’être établis au Bayou des Écores. En effet, les autorités espagnoles en ont dénombré un certain nombre à Bâton Rouge dès juillet 1788. Puis, deux ouragans particulièrement destructeurs ont frappé le sud de la Louisiane en août 1793 et à nouveau en août 1794 dévastant la communauté du district de Feliciana. Ces désastres, combinés à la perte antérieure de familles acadiennes et à l’absence d’un prêtre résident, ont obligé le reste des Acadiens à abandonner le Bayou des Écores. Certains d’entre eux ont rejoint leurs parents à Bâton Rouge, alors que beaucoup d’autres ont préféré s’implanter le long du Bayou Lafourche.

À la suite de l’abandon de la région par les Acadiens, l’avenir culturel du district de Feliciana n’a pas été déterminé par les réfugiés acadiens francophones que l’Espagne y avait envoyés en 1786, mais par les Anglo-américains qui se sont élevés contre la domination espagnole en 1810 sous le drapeau Bonnie Blue de la République de Floride-Occidentale. C’est une toute autre histoire des États-Unis d’Amérique qui n’a rien à voir avec la Stella Maris.

La liste des passagers de La Ville d’Archangel indique le lieu de naissance des immigrants acadiens. La grande majorité d’entre eux sont nés en France, plus précisément à Cherbourg, Créhen, Jouvence, La Haute Marchandais, La Villeubel, Le Havre, Mordreuc, Nantes, Pleudihen-sur-Rance, Pleurtuit, Ploubalay, Plouër-sur-Rance, Saint-Énogat, Saint-Lunaire, Saint-Malo, Saint-Servan-sur-Mer, Saint-Suliac, Toul, et Tréméreuc. Par ailleurs, Jean-Baptiste, Marie et Perpétué Aucoin ainsi que Marie-Madeleine Landry sont nés en Angleterre. D’autre part, les Îles Malouines (Falkland) près de l’Argentine sont le lieu de naissance d’Ignace Granger.