Le golfe du Saint-Laurent depuis les dunes de sable de Greenwich
Le golfe du Saint-Laurent des hauteurs des dunes de Greenwich, IPE (Photo crédit : Stephen DesRoches, sans modification)

Selon le premier recensement de l’Isle Saint-Jean par le gouvernement français de Louisbourg en date de 1728, François Douville (pêcheur) a été le premier à habiter Havre Saint-Pierre. Bien que l’histoire scripturale des lieux ne révèle pas les circonstances de son arrivée, on peut déduire de son occupation déclarée que ce fut principalement la proximité des bancs de pêche à la morue. Comme le poisson se comporte au gré des conditions atmosphériques, les dunes de l’endroit lui offraient une vue panoramique du golfe du Saint-Laurent pour son évaluation des risques. Le recensement de 1728 indique clairement que Douville s’est établi à Havre Saint-Pierre en 1719, soit un an avant l’établissement officiel de la colonie par les colons recrutés en France et en Acadie par la Compagnie de l’Isle Saint-Jean. D’ailleurs, il est inscrit au registre des décès (1685-1757) du cimetière de la paroisse Saint-Pierre-du-Nord comme étant le « premier habitant » de l’île, arrivé en 1719. Sachez d’emblée que Havre-Saint-Pierre a été pendant le régime français non seulement le premier et le plus grand centre commercial de l’île, mais aussi le port de pêche le plus achalandé et la colonie la plus peuplée de l’île. Les Mi’kmaqs appelaient la baie de Saint-Pierre « Poogoosumkek Boktaba » signifiant « lieu de cueillette des palourdes ». Pour la province de l’Île-du-Prince-Édouard qui célèbre cette année son 300e anniversaire, Havre Saint-Pierre / St. Peter’s Harbour est un site historique incontournable d’une très grande richesse patrimoniale.

Après la cession à l’Angleterre de Terre-Neuve et de la péninsule acadienne (Nouvelle-Écosse) aux termes du traité d’Utrecht en 1713, la France décide de consolider ses positions autour du golfe du Saint-Laurent. Le roi Louis XV concède en août 1719 les îles Saint-Jean, de Miscou, de la Madeleine et de Brion au Comte de Saint-Pierre qui vient de fonder la Compagnie de l’Isle St-Jean pour le peuplement de cette île, jugée la plus propice à la colonisation. Havre Saint-Pierre tire son nom du titulaire de la concession.

La capitale commerciale

La rose des vents met le Nord vers le bas de cette carte ancienne (Source : Université de l’IPE)

François Douville n’apparaît pas dans la liste de ceux et celles (une centaine d’hommes accompagnés d’une trentaine de femmes) qui se sont engagés devant notaire à coloniser l’Isle Saint-Jean. La plupart des colons recrutés en France viennent de La Rochelle et des paroisses avoisinantes en Normandie. Quelques-uns sont Bretons. Aucun d’entre eux ne déclare être pêcheur. Tous traversent l’Atlantique sur la frégate La Mignonne, commandée par le capitaine Louis Fourneau. Ils arrivent à Port-LaJoye, capitale administrative de l’Isle Saint-Jean, en août 1720. La majorité des arrivants s’établissent à Havre Saint-Pierre qui prend alors le surnom de « capitale commerciale ». Si tous les chemins mènent à Rome, il en est ainsi de Havre Saint-Pierre. Toutefois, suite à la faillite de l’entreprise du Comte de Saint-Pierre en 1724 un changement démographique notoire se produit affirmé par le recensement de 1728.

Saumon de l'Atlantique
La morue de l’Atlantique (source Azkuene)

Le réseau routier de l’île au 18e siècle confirme l’importance de Havre Saint-Pierre. Le recensement de 1728 dénote que Havre Saint-Pierre est la métropole de l’île et le port d’attache pour plus de la moitié des goélettes et chaloupes. En outre, 85 pourcents de la population mâle se déclarent pêcheurs. Près des trois-quarts des kilogrammes de morue sont débarqués à Havre Saint-Pierre. François Douville, avec 62400 kilos à lui seul, est le pêcheur le plus prolifique de la colonie. Nous savons qu’il est né dans la Basse-Normandie en 1685 et que de son union avec Marie Roger, une acadienne, sont nés onze enfants. Il décède le 29 janvier 1757 à l’âge de 72 ans. Aujourd’hui, il repose à côté d’au moins une soixantaine d’autres premiers colons dans le cimetière de la paroisse Saint-Pierre-du-Nord au 94 Cairns Road à Morell sur un terrain privé. Aucun marqueur visible n’identifie ce site historique que les propriétaires n’ont pas dérangé par respect.

Courtoisie de Google, 94 Cairns Road, Morell, IPE
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