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    – Résistance acharnée sur la rivière Petitcodiac
La rivière Petitcodiac
La rivière Petitcodiac, renommée pour son mascaret qui se forme deux fois par jour lorsque les marées de la baie de Fundy remontent la rivière vers Moncton (auteur ryaninc, sans modification, licence CC BY 2.0)

La rivière Petitcodiac s’écoule au Nouveau-Brunswick vers le sud-est et traverse la ville de Moncton en prenant la forme du coude d’un bras à demi plié, avant de se jeter dans la baie de Chipoudy. Ses marées peuvent atteindre une hauteur impressionnante de neuf mètres, en découvrant à marée basse de vastes étendues de marais. Il n’est donc pas surprenant que les Acadiens aient colonisé cette région dès 1698, ouvrant ainsi une longue période de prospérité, pourtant interrompue brutalement…

Dans le prolongement de leur colonie de Beaubassin, les Acadiens avaient appliqué à la rivière Petitcodiac la technique éprouvée des aboiteaux pour endiguer et rendre fertiles les terres des marais. A l’été 1755, la région fut cependant l’une des premières confrontées à l’arrestation massive des Acadiens par les Anglais en vue de leur déportation vers les colonies anglo-américaines. Mais le long de la rivière Petitcodiac, les Acadiens leur opposèrent une résistance farouche jusqu’en 1759. Voici comment…

Au printemps 1698, Pierre Thibodeau, un meunier de Port-Royal (actuelle Nouvelle-Ecosse), fonda une petite colonie à Chipoudy (aujourd’hui Hopewell Hill), à l’embouchure de la rivière Chipoudy (baie de Chipoudy). L’un de ses compagnons de route de Port-Royal, Guillaume Blanchard, remonta la rivière Petitcodiac à l’été 1699 et fonda une autre colonie nommée Petitcodiac, près du village actuel de Hillsborough. De même, vers 1700, un établissement acadien important fut fondé à Memramcook, le long de la rivière Memramcook qui se jette aussi dans la baie de Chipoudy. Dans les années suivantes, les pionniers acadiens fondèrent d’autres établissements en amont de la rivière Petitcodiac, comme Le Coude, sur le site actuel de Moncton, et, un peu plus en amont, Boundary Creek, le village de Joseph Broussard dit Beausoleil, futur héros de la résistance acadienne. Tous ces villages connurent un demi-siècle de prospérité, mais la période sombre s’annonçait bientôt…

La Bataille de Petitcodiac

Le 3 (ou le 2) septembre 1755, un détachement de près de 200 soldats des forces coloniales anglaises, commandé par le major Frye, était venu incendier le village de Chipoudy et s’apprêtait à mettre le feu à l’église du village de Petitcodiac, près du “village des Blanchard” (Hillsborough). C’est alors qu’il tomba dans une embuscade dressée par le lieutenant français Charles Deschamps de Boishébert qui commandait une centaine de soldats de marine, de miliciens acadiens et d’alliés amérindiens, tous excédés contre les Anglais. Après un dur combat de trois heures, les Anglais, désorganisés et ayant subi de lourdes pertes, durent se retirer. Cette victoire française permit à plus de 200 familles acadiennes des trois rivières Chipoudy, Petitcodiac et Memramcook d’échapper à la déportation.

Monument de la bataille de Petitcodiac
Monument érigé en 1922 à Hillsborough en mémoire de la Bataille de Petitcodiac (auteur Hantsheroes, sans modification, licence CC BY-SA 3.0)

Après plusieurs tentatives infructueuses, les Anglais ne réussirent pas à détruire les villages acadiens situés en amont de la rivière Petitcodiac avant l’automne 1758. Joseph Broussard dit Beausoleil était le chef de la résistance acadienne dans la région, où il multipliait les attaques sanglantes contre les incendiaires anglais. Mais les réfugiés acadiens qui l’entouraient restaient dans le plus profond dénuement. La chute de Louisbourg (juillet 1758) et surtout celle de Québec (septembre 1759) ruinèrent les derniers espoirs du chef acadien qui finit par se rendre aux autorités anglaises. C’est pourtant le même Beausoleil qui, libéré en 1763, guida par la suite les premiers Acadiens de Louisiane.

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