La ligne de séparation entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse se situe sur l’isthme de Chignectou, entre la baie verte et le bassin de Cumberland. Sa partie ouest est formée par la rivière Mésagouèche (Missaguash River) qui se jette dans le bassin de Cumberland. Fin août 1751, les Français venaient de construire le fort Beauséjour, à l’embouchure de la rivière Mésagouèche, et le fort Gaspareaux, sur la baie verte. Un chemin de portage fut ensuite aménagé depuis le fort Gaspareaux pour rejoindre le fort Beauséjour qu’il devenait alors plus facile de ravitailler en vivres et en munitions. Pourtant, il avait bien fallu acheminer auparavant les outils, matériaux et armes nécessaires pour construire et défendre le fort Beauséjour. Malgré son rôle stratégique majeur, cette ancienne voie de ravitaillement fut rapidement abandonnée et reste encore aujourd’hui méconnue…

Fort Beauséjour
Fort Beauséjour, Aulac, Nouveau-Brunswick (auteur Verne Equinox, sans modification, licence CC BY-SA 3.0)

Le fort Beauséjour était un fort palissadé construit sur la rive nord de la rivière Mésagouèche. Il fallait contrer l’influence du fort Lawrence, établi par les Anglais un an plus tôt sur la rive sud, et défendre ainsi le territoire du Nouveau-Brunswick sous souveraineté française. Le fort Beauséjour fut constamment complété et renforcé jusqu’à la capitulation de son commandant, en juin 1755, puis rebaptisé ensuite “fort Cumberland” par les Anglais. Il est aujourd’hui reconnu au sein du Lieu historique national du Canada du Fort Beauséjour-fort Cumberland. Le fort Gaspareaux était un avant-poste frontière palissadé, perdu par les Français dès le lendemain de la capitulation du fort Beauséjour. Il est aussi reconnu comme le Lieu historique national du Canada du Fort-Gaspareaux. Remontons maintenant à fin 1749, bien avant la construction des deux forts. Les Français se préparaient à un conflit imminent à la frontière provisoire de l’isthme de Chignectou, bien conscients qu’ils devaient agir en toute discrétion, loin de la baie verte où patrouillaient les bateaux anglais de la Nouvelle-Ecosse…

Deux entrepôts de ravitaillement

Le ruisseau Hall à Moncton
Le ruisseau Hall à Moncton (auteur James Mann, sans modification, licence CC BY 2.0)

Le chevalier de La Corne fut chargé d’établir deux entrepôts de ravitaillement, l’un dans la baie de Shediac, l’autre au bord de la rivière Shediac, à la limite extrême de la marée haute. Les Français avaient choisi une voie de ravitaillement empruntée depuis plus de 3000 ans par les Amérindiens, parfaitement adaptée au transport en canot léger. Elle consistait à remonter la rivière Shediac et à emprunter un chemin de portage jusqu’au ruisseau Hall (Hall’s Creek) pour rejoindre la rivière Petitcodiac à Le Coude (aujourd’hui Moncton), puis la baie de Chipoudy et le bassin de Cumberland. C’est à Pointe à Beauséjour (aujourd’hui Aulac) que le chevalier installa son camp militaire et que furent acheminées les provisions nécessaires pour construire et armer le fort Beauséjour et peut-être aussi le fort Gaspareaux.

Aujourd’hui, que reste-t-il de ces deux entrepôts militaires probablement abandonnés après 1751 ? Les recherches menées à ce jour semblent attester la présence de l’un des deux entrepôts au bord de la rivière Shediac, mais la localisation du second, dans la baie de Shediac, reste encore incertaine. Les premiers colons acadiens s’étaient installés vers 1767 dans la région de Cap de Shediac (Shediac Cape). Le second entrepôt était-il donc situé au Cap de Shediac, sur le continent, ou plutôt sur l’îlot Skull, qui s’enfonce peu à peu dans la baie ? Le temps presse. Avant la fin du 21ème siècle, faute de fouilles sous-marines, l’îlot aura pratiquement disparu sans livrer son secret…

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