L'île Beaubears
L’île Beaubears vue depuis la pointe Wilsons, Miramichi (auteur Fralambert, licence CC BY-SA 3.0)

La ville de Miramichi (17500 habitants) est située à l’embouchure de la rivière Miramichi, en aval du confluent des rivières Miramichi Sud-Ouest et Nord-Ouest, dans le comté de Northumberland. L’espace boisé en forme de triangle au confluent des deux rivières, nommé “pointe Wilsons”, et l’île Beaubears qui lui fait face constituent depuis 1930 Le lieu historique national du Canada Boishébert. Les vestiges archéologiques découverts sur ce site historique témoignent de l’existence d’un camp important de réfugiés acadiens de 1756 à 1761. D’abord baptisé “Camp d’Espérance”, ce lieu de refuge pourtant très accessible depuis la baie de Miramichi fut malheureusement pour les Acadiens le camp du désespoir. Voici son histoire…

Charles Deschamps de Boishébert
Charles Deschamps de Boishébert, vers 1753 (œuvre dans le domaine public)

Le camp de Miramichi prit forme à la fin de l’été 1756, après que de nombreux réfugiés acadiens aient accepté de converger vers ce lieu qui devait leur faciliter l’arrivée des secours depuis Québec. Du moins le croyaient-ils… Ils s’étaient mis sous la protection du capitaine français Charles Deschamps de Boishébert qui, depuis la chute du fort Beauséjour, en juin 1755, luttait avec acharnement contre les détachements anglais chargés de capturer les fugitifs acadiens sur le territoire du Nouveau-Brunswick. Sans doute étaient-ils satisfaits de ne pas trop s’éloigner de leurs terres d’Acadie, alors que Boishébert avait tenté de les convaincre de se rendre à Québec depuis la rivière Saint-Jean ou l’île Saint-Jean (actuelle Île-du-Prince-Edouard). Combien étaient-ils au camp d’Espérance au début de l’hiver 1756-1757 ? Selon Ronnie-Gilles LeBlanc, ils étaient un peu moins de 1400 réfugiés acadiens, auxquels s’étaient ajoutés plusieurs centaines d’Amérindiens alliés des Français dont les hommes se préparaient à la guerre contre les Anglais. Mais rien ne se passa comme prévu…

Le terrible hiver 1756-1757

Selon l’abbé François Le Guerne, le site du camp d’Espérance était à “… 10 lieues au-dessus de la mission des sauvages dans un lieu affreux, où l’on n’a jamais rien semé, où il n’y a point de chasse et peu à pêcher”. Ce n’est hélas pas tout. En cette année 1756, le Canada et l’île Saint-Jean connaissaient une très mauvaise récolte et subissaient déjà une grave période de disette, de sorte que la pénurie de nourriture se fit très vite sentir au camp d’Espérance. Comble de malheur, le bateau chargé de vivres envoyé de Québec par l’intendant Bigot n’arriva jamais à la baie de Miramichi. L’hiver 1756-1757 fut terrible. Environ 400 Acadiens moururent de faim, de misère ou de maladie contagieuse. Seule l’arrivée d’un bateau de vivres envoyé en secours par le gouverneur Vaudreuil permit réellement de soulager les survivants. Dès le printemps 1757, 120 d’entre eux choisirent de se réfugier à Québec, alors que les autres préféraient rester à Miramichi ou se diriger vers la baie des Chaleurs.

En septembre 1758, après la capitulation de la forteresse de Louisbourg, les Anglais tentèrent, sans succès, de détruire le camp de la Miramichi. Ils brûlèrent l’église et les habitations de la mission micmaque située plus en aval (aujourd’hui Burnt Church), mais les forts vents du large les dissuadèrent de remonter plus en amont. Par la suite, les familles acadiennes furent déplacées au camp de la Ristigouche, au fond de la baie des Chaleurs, où s’étaient réfugiés plus de mille Acadiens (voir Le dernier bastion de Petite-Rochelle). Le camp de la Miramichi ne fut définitivement abandonné qu’en novembre 1761, après la capture de ses derniers réfugiés lors d’une attaque anglaise dirigée contre les établissements acadiens de la baie des Chaleurs. Il n’avait plus depuis longtemps d’Espérance que le nom.

id Sed fringilla facilisis Curabitur mi, mattis quis at elit. porta.