Ici en Caroline du Nord au fond de la baie Albemarle, lieu de destinée pour près de 50 déportés acadiens de Merliguèche (à côté de Lunenburg en Nouvelle-Écosse), les moucherolles d’Acadie chantent encore pour tous ceux et celles qui veulent bien les entendre. L’audition de leur prise de note explosive marque, selon la croyance, le prologue d’un bonheur providentiel qui vaut la peine qu’on se dérange pour l’écouter. Il n’existe aucun jalon concret des Acadiens en exil en Caroline du Nord, sauf celui d’un Acadien solitaire nommé Augustin Deschamps. À l’exception d’Augustin, les Acadiens ne sont pas restés longtemps au pays des moucherolles d’Acadie qui jouissent toujours d’une abondance d’insectes dans la forêt carolinienne ombragée.

Lieu du débarquement des Acadiens à Edenton
Lieu du débarquement des Acadiens à Edenton (Courtoisie de Ian Dagnall Commercial Collection/Alamy, sans modification)

En septembre 1755 toutes les familles acadiennes de Merliguèche furent transportées à bord du Jolly Bacchus et incarcérées sur l’Île Georges (anciennement appelée La Raquette car elle ressemble à une raquette à neige) jusqu’à la fin décembre. Elles furent ensuite déportées à bord du vaisseau Providence vers Edenton en Caroline du Nord qui était un port de mer achalandé connu du capitaine Samuel Barron.

Vers la mi-janvier 1756, les familles suivantes (46 personnes) débarquèrent à Edenton : Nicolas-Joseph Deschamps et Judith Doiron et leurs huit enfants, y compris Augustin ; François Lucas et Hélène Guédry et leur fille ; Paul Boutin et Ursule Guédry et leurs deux enfants ; Pierre Guédry ; Joseph (Simon) Guédry ; Charles Boutin et Marie-Josephe Guédry et leurs quatre enfants ; Joseph Guédry et Marie-Josèphe Benoît et leurs trois enfants ; Honoré Trahan et Marie Corperon et leurs trois enfants ; Jean-Baptiste LeJeune et Marguerite Trahan et leurs quatre enfants ; Jean Benoît et Anne Trahan et leurs deux enfants ; Paul Hébert et Marie Michel et leurs quatre enfants.

La maison Cupola au 408, rue Broad sud
La maison Cupola au 408, rue Broad sud, que les Acadiens ont vu construire en 1757-58 (Courtoisie de la ville d’Edenton, sans modification)

Le destin d’Augustin

Peu de temps après son arrivée à Edenton, Augustin Deschamps rencontra Elisabeth White, fille de Luke White et Sarah Copeland. Augustin et Elisabeth se marièrent en septembre 1758. Le 8 octobre de cette année, Elisabeth reçut en don de son père 50 âcres de terre boisée dans le comté de Chowan. Dans l’acte de donation on lit «À ma fille bien-aimée Elisabeth Dishan (Deschamps), autrefois appelée Elisabeth White». Le couple donna naissance à au moins neuf fils et trois filles. Pendant plusieurs années jusqu’en 1793, Augustin exploita un ferry sur la rivière Chowan.

Quand et comment entre 1760 (capitulation de Montréal) et 1763 (traité de Paris) ces familles acadiennes ont quitté la Caroline du Nord reste un secret d’histoire à découvrir. Nous savons par le registre des mariages célébrés à l’église Saint-Joseph de Philadelphie en Pennsylvanie que le 22 janvier 1761 Simon Yetry (Joseph Guédry) a épousé Magdeleine Melançon, et que René Le Core et Blanche Dechamps (Deschamps – la soeur d’Augustin) se sont mariés le 14 février 1763.

Au registre des baptêmes pour l’année 1762 on découvre que Paul Butin (Boutin) et Ursule Guédry ont fait baptiser leur troisième enfant, Susan Catherine.

Photo crédit : Dan Jones, Macaulay Library ML31125101

Dans le guide officiel des sentiers nature de la Caroline du Nord, les visiteurs sont invités à se balader le long de la promenade d’Edenton pour écouter le chant des moucherolles d’Acadie. Une expérience que les Acadiens en exil à Edenton ont vécue. Ce bel oiseau est reconnaissable par ses deux barres alaires, sa teinte olivâtre et son chant captivant aigu. Certains disent qu’il n’a pas perdu son accent acadien.

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