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    – Mise à mort de Beaubassin par l’administration française
Les marais Tantramar
Les marais Tantramar, mot dérivant de “tintamarre” en référence aux “sons discordants” des milliers d’oiseaux aquatiques qui ont fait des marais leur habitat (Photo crédit : Lisa Szabo-Jones, Alternatives Journal)

Beaubassin, près de la ville actuelle d’Amherst en Nouvelle-Écosse, est la première et la plus importante colonie de l’isthme de Chignectou reliant, antérieurement à 1713, le Canada et l’Acadie (avant de devenir la Nouvelle-Écosse). À l’époque la région entière, délimitée par les marais salins Tantramar le long de la rivière Mésagouèche (signifiant rivière vaseuse dans la langue Mi’kmaq), portait le nom de Beaubassin. De nombreuses collines (30-46 mètres au-dessus du niveau de la mer) s’élèvent comme des îles à la surface des prairies marécageuses. Sur les rives de la rivière, des hameaux ont émergé sur les cimes, notamment Pré-des-Richard (rive Nord), Les Planches (rive Sud), et le village d’origine appelé Colonie Bourgeois (Beaubassin). C’est à partir d’ici, non de Grand-Pré, que la première déportation a eu lieu. Considérés par l’autorité britannique comme les plus rebelles, les habitants de Beaubassin ont été déportés le plus loin sur la côte Atlantique, c’est-à-dire à Savannah en Géorgie et à Charleston en Caroline du Sud (voir la zone géographique Colonies anglo-américaines). Aujourd’hui, la nature a repris les prairies. Les marais actuels comptent parmi les aires de reproduction les plus peuplées au monde en ce qui concerne certaines espèces d’oiseaux, notamment le busard des marais.

Colonisation d’un beau bassin

Jacques (Jacob) Bourgeois, le fondateur de Beaubassin, était un chirurgien français. À l’âge de 22 ans il quitta La Rochelle, France, à bord du navire le Saint-François pour une vie meilleure en Acadie. Il arriva à Port-Royal en 1642 avec 18 familles que Charles Menou d’Aulnay, gouverneur, emmena avec lui lors d’un de ses voyages. Il est fort probable qu’il fut le premier à pratiquer la médecine en Acadie. Trente ans plus tard, avec pour objectif de promouvoir la colonisation de Beaubassin, il vint s’installer dans l’isthme de Chignectou avec ses fils Charles et Germain accompagnés de deux de ses gendres. Ensemble ils érigèrent un moulin à farine et un moulin à scie pour former le village d’origine. Selon le premier recensement de Chignectou/Beaubassin en 1686 par Monsieur De Meulles qui visita en personne toutes les habitations, la région comptait 127 habitants répartis dans une vingtaine de familles, 102 fusils, 426 arpents de terres cultivées, et 536 têtes de bétail.

Ancienne habitation acadienne
Ancienne habitation acadienne pleine de charmes (Courtoisie du Sentier Acadie historique, Le Corridor Canada)

Avec l’arrivée de nouvelles familles et les naissances, la colonie et son village d’origine s’étendent le long des cours d’eau se jetant dans le bassin appelé Beaubassin d’après la beauté des lieux. Chaque colline habitée devient un hameau portant le nom ou le surnom de ses occupants. C’est ainsi que naissent sur la rive Nord, Beauséjour, Aulac, Pont-à-Buote, Jolicoeur et Vescack. La rive Sud pour sa part voit naître Beaubassin, la Butte à Roger, Ouescoque, Menoudie, Maccan et Rivière-des-Hébert. L’église, le cimetière, le quai et autres structures communautaires se situent à Beaubassin. Vers la fin de la période coloniale française, une petite chapelle dédiée à Saint-Anne est construite pour accommoder les habitants les plus éloignés du bassin.

Carte de Beaubassin et ses environs sur les rives Sud et Nord de la Mésagouèche (source Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française)

En 1713, le traité d’Utrecht provoque une déchirure du tissu géopolitique, alors que la rive Sud de la rivière Mésagouèche passe sous administration britannique, la rive Nord continue d’être administrée par la Nouvelle-France à partir de Québec. Au quotidien, toutefois, les habitants n’en voient pas grande différence. Puis en 1750, l’administration française met Beaubassin à mort en obligeant les Acadiens du côté britannique de brûler tous leurs bâtiments, y compris l’église, et de prendre refuge du côté français. C’est alors que débute la construction d’un fort imposant au hameau de Beauséjour. Le regroupement des réfugiés sur cette colline entraîne un renforcement de Beauséjour. Une chapelle dédiée à Saint Louis y est aménagée. C’est ainsi que les Acadiens qui prennent part à la défense du fort Beauséjour deviennent victimes de la première vague du Grand Dérangement de 1755 qui équivaut à une expropriation des terres par expulsion. Dans le cours des événements, Beaubassin disparaît des cartes du monde.

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