Site d’origine des Trois-Rivières
Site d’origine de l’établissement des Trois-Rivières à la Pointe Brudenell (Photo crédit : Tripadvisor, Island Aerial Imagery 2015, sans modification)

Tout a commencé en juin 1732 avec l’arrivée à Pointe Brudenell de trois vaisseaux marchands français venus directement de France sans aucun soldat. Un des navires amenait des pêcheurs et des navigateurs à l’Isle Saint-Jean, un deuxième transportait 80 « engagés », c’est-à-dire des ouvriers ayant souscrit pour trois ans de travail, et un troisième importait une pleine cargaison « de vin, de whisky et d’autres effets ». Après avoir construit deux quais au pied d’un petit cap et s’être établi convenablement sur les hauteurs boisées du promontoire, l’équipage donna alors au lieu à coloniser le nom de « Trois-Rivières » d’après les trois cours d’eau des environs qui se jetaient dans la baie de Cardigan. De nos jours, ces trois rivières sont appelées la Brudenell (anciennement la rivière de l’Ascension), la Cardigan (la rivière Achée) et la Montague (la rivière Saint-Jean). Depuis 2004 elles sont inscrites au réseau des rivières du patrimoine canadien sous l’appellation commune de « Trois Rivières ». Cet établissement de pêche et de commerce était une tentative de la France de coloniser en permanence l’Isle Saint-Jean et d’en faire un centre de commerce international au cœur des axes Louisbourg, Québec et les Antilles françaises. Malgré plusieurs revers, la première entreprise commerciale à l’Île-du-Prince-Édouard prospéra au point de pouvoir rembourser ses dettes. En 1745, suite à la prise de Louisbourg par des miliciens de Nouvelle-Angleterre, appuyés par la marine britannique, des corsaires anglo-américains débarquèrent à Trois-Rivières et détruisirent par le feu 13 années de travail en quelques heures mettant fin à la colonie des Trois-Rivières fondée par Jean-Pierre Roma. Quelle est l’histoire de cet entrepreneur visionnaire ?

Un entrepreneur visionnaire

Jean-Pierre Roma aux Trois-Rivières fut désigné lieu historique national du Canada en 1936. La plaque affichant la raison de la désignation souligne que l’établissement de son entreprise consolida la présence française sur l’Isle Saint-Jean (devenue l’Île-du-Prince-Édouard). En juillet 1731 Roma, apparemment originaire de Bordeaux, et trois de ses associés de Paris reçurent en concession du roi Louis XV de France la côte orientale de l’île. La concession fut nommée Compagnie de l’Est de l’Isle Saint-Jean (une société à charte royale) et Roma devint son administrateur. Elle comportait, cependant, un certain nombre d’obligations, notamment celle de faire une exploitation de pêcherie sédentaire, d’établir aux Trois-Rivières 80 personnes en 1732 et 30 par année ultérieurement. En outre, tout nouveau colon devait défricher la terre et construire des bâtiments. Sachez que les quelques familles acadiennes qui se sont installées dans la région hésitaient à devenir locataires de la Compagnie de l’Est et ont fait en sorte de s’installer à l’extérieur des terres de la compagnie.

Cartographe inconnu (Courtoisie Le Corridor, Canada)

Aux fins de relier les Trois-Rivières, aussi appelées « La Rommanie » sur certaines cartes du 18ème siècle, Roma et ses hommes ont construit plusieurs chemins rudimentaires reliant Trois-Rivières à Port-La Joye, au Havre Saint-Pierre et à d’autres communautés de l’époque. Ensemble, ils constituent le premier réseau routier de l’Île-du-Prince-Édouard. Sur ce plan des Trois-Rivières au 18e siècle on peut y voir l’emplacement de « La Rommanie » en jaune à droite entre les rivières Saint-Jean et de l’Ascension.

L’entreprise d’importation-exportation exploitée par Roma avec cinq grands voiliers était profitable. Elle vendait aux Antilles de la morue, du bois d’œuvre et de la bière brassée aux Trois-Rivières, en échange de mélasse et de rhum qu’elle revendait par la suite à Québec contre des vivres tels que de la farine pour le soutien de Louisbourg.

Barre de grand voilier à Trois-Rivières
Barre de grand voilier rappelant la vocation d’origine des Trois-Rivières (Courtoisie de la ville des Trois-Rivières, IPE)

Les pêcheurs des Trois-Rivières préféraient laisser leurs barques au Havre Saint-Pierre (aujourd’hui St. Peters Harbour), au nord de l’île, où vivaient également des Acadiens, car à cet endroit les bancs de pêche à la morue étaient plus rapprochés des côtes. Certes, il reste quelques vestiges des deux quais et des bâtiments de « La Rommanie » (découverts dans les années 1960), mais le plus merveilleux patrimoine culturel vivant des Trois-Rivières est le pain d’héritage offert au quotidien en célébration de l’histoire de Jean-Pierre Roma dans la reconstitution partielle de son établissement. Il est cuit dans un four extérieur en brique et en argile, chauffé au bois, comme à l’époque. Dans l’Acadie du 18e siècle le pain représentait un pourcentage élevé (de 60 à 85 p. 100) du total quotidien des aliments ingérés.

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