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  • Saint-Pierre (Île du Cap-Breton)
    – Les vétérans ont redonné à Port Toulouse son nom d’origine
Monument sur le site du poste de Nicolas Denys
Plaque du monument sur le site du poste de Nicolas Denys à Saint-Pierre (auteur Wreck Smurfy, licence CC BY-SA 3.0, sans modification)

Suite au traité d’Utrecht de 1713 cédant l’Acadie péninsulaire à la Grande-Bretagne, la France encourage l’établissement des Acadiens sur l’Isle Royale en territoire français. Port Toulouse est ainsi fondé en 1713 par des Acadiens originaires de Port-Royal, du Bassin des Mines, de Cobeguit, de Beaubassin, de Cap-Sable et de Mouscoudabouet. Ils s’établissent à proximité d’un ancien comptoir de commerce fondé en 1650 sous le nom de Saint-Pierre par des marchands de La Rochelle et fortifié par Nicolas Denys, né à Tours en France. Compte tenu de l’importance stratégique de l’emplacement, c’est-à-dire sa proximité avec la Nouvelle-Angleterre, un fort est érigé sur le rivage en 1715 pour protéger Port Toulouse, devenu le port de ravitaillement de la base navale de Louisbourg située à 120 kilomètres au nord-est. Selon les recherches publiées par Lucie LeBlanc Consentino, les premiers habitants de Port Toulouse s’appellent Aubois, Bonapetit, Belliveau, Boucher, Boudart, Boudreau, Bourisse, Bourque, Comeau, Corporon, Coste, Doucet, Dugas, Fougère, Gaudet, Gentil, Henri, Jassemin, Landry, Langlois, Lapierre, Larose, Lasonde, Latreille, Lavigne, LeBlanc, Martin, Michel, Mirande, Petitpas, Pitre, Poitiers, Préjean, Richard, Samson, Savoie, Simon, Tillard (Tétard) et Vigneau. L’endroit est loin d’être idéal pour les Acadiens. Mais, ils s’y installent parce que la Première Nation Mi’kmaq y avait un village. En 1726, la population de Port Toulouse atteint son plus haut niveau avec 275 personnes blanches réparties dans 45 familles.

Port Toulouse dépendant de Louisbourg

Dessins des fortifications de Port Toulouse
Dessins des fortifications de Port Toulouse vers 1734 (auteur Etienne Verriere fils, domaine public)

Le fort de Port Toulouse protège aussi un court portage vers le lac Bras d’Or et l’intérieur du Cap-Breton. De plus, il renforce l’alliance avec les Mi’kmaqs. De 1731 à 1734, des plans ambitieux sont développés pour des rénovations substantielles au fort, mais on ignore jusqu’à quel point ils furent mis en œuvre. Une fois la forteresse de Louisbourg érigée, Port Toulouse et son fort deviennent alors une dépendance de Louisbourg. Une route de terre, souvent appelée le chemin des Français, relie les deux communautés, mais avec une certaine inquiétude. Car, plusieurs colons y voient un maillon faible pouvant offrir aux Britanniques une voie secondaire d’attaque pour détruire ou conquérir les fortifications de l’Isle-Royale.

Site du Fort Toulouse sur la côte atlantique
Site du Fort Toulouse sur la côte atlantique (Courtoisie de The Maritime Explorer)

La plupart des habitants de Port Toulouse sont des caboteurs. On les appelle ainsi parce qu’ils naviguent le long des côtes pour acheminer des marchandises ou des passagers sur de brèves distances entre colonies françaises de la région. Un examen des recensements de l’époque révèle que beaucoup de Toulousains épousèrent des femmes du Canada, de Port-Royal, du bassin des Mines ou d’ailleurs. Il va sans dire que chaque voyage est en soi une occasion de rencontre. C’est comme ça. Peut-être ce fait français de Port Toulouse constitue-t-il une piste de clarification aux origines nébuleuses du dicton « Qui prend mari prend pays ». Quoiqu’il en soit, le va-et-vient du cabotage fait en sorte que plusieurs Toulousains tirent profit de leur migration à l’Isle Royale. Pour ceux qui sont inaptes à caboter, les deux briqueteries à proximité du fort, tel que signalées sur la carte des lieux vers 1734, offrent du travail. La colonie prospère jusqu’à ce que les Britanniques viennent attaquer le chef-lieu de l’île. Les deux fois qu’ils assiègent Louisbourg, ils viennent détruire le fort de Port Toulouse, une première fois en avril 1745. Les téméraires gens du pays construisent un nouveau fort quatre ans plus tard. Mais après la chute de Louisbourg en 1758, le petit fort est incendié et le village passe sous contrôle britannique.

Canal de Saint-Pierre
Canal de Saint-Pierre (Photo crédit : Village on the Canal Association, avec courte vidéo incluse, courtoisie de Todd Thompson)

Ce sont les vétérans de la guerre de la Conquête (1754 – 1760) qui redonnent au village son nom d’origine, soit Saint-Pierre. L’ancien sentier de portage (800 mètres de long) utilisé par les Mi’kmaqs et les Acadiens entre l’Atlantique et le lac Bras d’Or est transformé en canal en 1854. La route 247 menant à Louisbourg est encore parsemée de noms français comme Grande Grève, L’Ardoise, Anse Michaud, L’Archevêque, Saint-Esprit, Framboise, Fourchu et Garabus. Il y a aussi la French Road en souvenir.

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