Village de Memramcook
Quartier Saint-Joseph du village de Memramcook, dont l’église actuelle date de 1855 (auteur evoluc, sans modification, licence CC BY-SA 2.0)

Formé en 1995 par la fusion du village de Saint-Joseph et de plusieurs hameaux voisins, le village de Memramcook s’étend des deux côtés de la rivière Memramcook et sur la rive est du cours inférieur de la rivière Petitcodiac, jusqu’à la pointe de Beaumont (carte ci-dessous). Au 18e siècle, ce territoire agricole a connu une véritable renaissance. Un premier village acadien fut fondé vers 1700 au même endroit, puis détruit par les Anglais en 1755, au moment de la déportation des Acadiens. Après la signature du traité de Paris (1763), il fut pourtant l’un des rares villages recolonisés par les réfugiés acadiens. Il est même considéré comme le berceau de la Nouvelle Acadie. Voici son histoire …

En cet été 1755 fatidique, la population du village acadien avait échappé à la déportation, grâce à la victoire française lors de la bataille de la Petitcodiac. En novembre 1755, quand le capitaine Scott, chargé de détruire le village, arriva sur les lieux, la plupart des Acadiens s’étaient enfuis et certains s’étaient cachés dans les bois environnants. Pour ne pas mourir de faim, plusieurs réfugiés se constituèrent prisonniers dans les forts anglais de la région. Dès lors, il fallut attendre la signature du traité de Paris pour que les Anglais libèrent leurs prisonniers et se montrent plus conciliants…

Carte topographique de Memramcook (auteur Ewan ar Born, sans modification, licence CC BY-SA 3.0)

Pour les Acadiens, la perspective de revenir endiguer et cultiver les terres des marais de Memramcook était un moteur puissant. Les autorités de la Nouvelle-Ecosse leur refusaient pourtant le droit d’occuper leurs anciennes terres désormais réservées aux colons anglo-américains. Vers 1766, quand le premier groupe d’Acadiens libérés des forts s’installa dans la région actuelle de La Montain-McGinley, le territoire semblait inoccupé. Vers 1770, trois autres groupes s’établirent un peu plus au sud, toujours très librement, sur les sites de Saint-Joseph, de l’Anse-des-Cormier et de l’autre côté de la rivière, sur le site de College Bridge. Parmi toutes ces familles pionnières se trouvaient des familles Richard, Léger, Belliveau, Gaudet, Bourgeois, Girouard, LeBlanc, Bastarache… Savaient-elle que leur chance tenait à un heureux concours de circonstances ?

La renaissance acadienne

Les Acadiens occupaient deux concessions dont les propriétaires d’origine anglaise montraient peu d’empressement à établir des colons (protestants) sur des terres qu’ils s’étaient engagés à valoriser. Ils eurent donc une paix toute royale jusqu’en 1784, quand fut créée la province du Nouveau-Brunswick. Entre temps, en 1781, face à la croissance de la population acadienne, l’évêque de Québec avait érigé canoniquement la paroisse Saint-Thomas de Memramcook, la première de tout le territoire du Nouveau-Brunswick, qui desservait tous les villages de la région, de Cocagne à Menoudie. En 1785, la population de la paroisse atteignait déjà 160 familles, soit 960 personnes …

Ville de Bouctouche en 1893
La ville de Bouctouche (en 1893), fondée par des familles de Memramcook en 1786 (image dans le domaine public)

La nouvelle province adopta très vite une loi stipulant que tout propriétaire de terres devait demander la reconnaissance de son droit de propriété, faute de quoi il serait exproprié. C’est ainsi que les Acadiens de l’est de la Memramcook purent obtenir un titre de propriété. A l’inverse, ceux de “La Pointe”, entre les rivières Memramcook et Petitcodiac, durent payer une rente au propriétaire et s’engager dans un combat juridique sans fin pour obtenir un titre de propriété. Cette “lutte pour la terre” et le manque d’espace le long des marais en découragèrent plus d’un. Bien des Acadiens choisirent alors de fonder ou peupler des villages le long des côtes du sud-est du Nouveau-Brunswick. En cette fin de 18ème siècle, le futur village de Memramcook devenait ainsi le berceau de la Nouvelle Acadie.  

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