Coude de la rivière Petitcodiac
Le coude de la rivière Petitcodiac, à Moncton (auteur Sébastien Paquet, licence CC BY 2.0)

L’histoire a longtemps retenu que les premiers habitants de Moncton, la plus grande ville du Nouveau-Brunswick (72000 habitants), étaient des colons d’origine allemande arrivés de Pennsylvanie en 1766. Ils s’étaient installés à un endroit qu’ils appelaient The Bend (Le Coude). C’était oublier un peu vite que des familles acadiennes occupaient cet endroit dès les années 1730. Elles appelaient déjà leur village Le Coude mais lui donnaient aussi les noms de Terre-Rouge puis La Chapelle. L’histoire de ces pionniers acadiens mérite pourtant le détour et révèle une petite surprise généalogique…

La rivière Petitcodiac traverse en effet la ville de Moncton en prenant la forme du coude d’un bras à demi plié, avant de s’élargir et de se jeter dans la baie de Chipoudy. C’est au niveau de ce coude, près du ruisseau Hall (Hall’s Creek) qui sépare Moncton de la ville limitrophe de Dieppe, que les familles de Pennsylvanie avaient fondé leur colonie. Pourtant, les toutes premières familles d’origine européenne à occuper les lieux une trentaine d’années plus tôt étaient bien acadiennes. Pour mieux connaître leur histoire, dirigeons-nous maintenant vers le centre-ville de Moncton, au bord de la rivière…

Situé aussi au coude de la rivière Petitcodiac, le parc du Mascaret (Bore Park) offre un point de vue idéal sur le mascaret qui remonte deux fois par jour de la baie de Chipoudy. Son intérêt est aussi patrimonial, en mémoire des premiers habitants acadiens de Moncton, qui utilisaient déjà cet endroit comme un débarcadère naturel. Ainsi, dans le voisinage immédiat du parc, une chapelle avait été construite vers 1748 pour desservir les Acadiens de la région. Mais l’emplacement de leurs habitations n’est pas connu et c’est pour cette raison qu’en 1986, le parc du Mascaret avait été choisi pour ériger un monument en hommage aux trois familles pionnières connues de Terre-Rouge. Qui étaient-elles ?

En l’honneur des premiers habitants

Plaque du monument en l’honneur des premiers habitants (photo J-M. Agator)

Il y avait les familles de Jean (ou Jean-Pierre) Babineau et de son épouse Isabelle Breau, de Joseph Breau et de son épouse Isabelle Thibodeau et de Charles Thibodeau et de son épouse Brigitte Breau. Les trois Breau étaient frère et sœurs. Au moment de la déportation des Acadiens, en 1755 et 1756, le village de Terre-Rouge était plutôt désigné sous le nom de La Chapelle. Après une résistance acharnée des Acadiens sur la rivière Petitcodiac, le village ne fût détruit par les Anglais qu’en novembre 1758. Les trois familles pionnières connurent des fortunes diverses, emprisonnées ou déportées jusqu’à la signature du traité de Paris (1763). Mais seuls Jean Babineau et sa famille s’installèrent de nouveau dans la région de la rivière Petitcodiac. C’est en son honneur que l’association des Babineau et la société historique acadienne érigèrent le monument des premiers habitants en 1986. L’arbre généalogique de Jean Babineau révèle aussi une petite surprise (source Stephen White, d’après Denis Savard) …

Jean Babineau et Isabelle Breau avaient une fille, Marie. De son mariage avec Germain Thibodeau naquit un fils, Armand Thibodeau, dont un descendant est Placide Gaudet, historien et généalogiste, qui identifia les fondations de la chapelle de Terre-Rouge en 1884. Mais ce n’est pas tout. D’un premier mariage, Marie eut un fils, Charles Maillet, dont une descendante n’est autre que… Antonine Maillet, la célèbre écrivaine, prix Goncourt en 1979 avec son roman “Pélagie-la-Charette” !

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