Le bras nord de la baie de Rustico et North Rustico
Le bras nord de la baie de Rustico et North Rustico (Courtoisie du gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard)

Avant l’arrivée des Blancs sur l’Isle Saint-Jean les Mi’kmaqs connaissaient bien la baie de Rustico en plein milieu de la côte Nord. Ils lui avaient même donné le nom de Tabooetooetun, signifiant « lieu aux deux bras ». Car, en effet, la baie est composée d’un bras nord et d’un bras sud. Ce constat géographique est souligné aujourd’hui par les communautés de North Rustico et de South Rustico. Selon les récits d’histoire là où aujourd’hui on trouve sur les berges des amas de coquilles d’huîtres et de mollusques signale le site ancien d’un campement Mi’kmaq saisonnier. Bien que la colonisation de Rustico eu lieu après la déportation des Acadiens de l’île par les Britanniques en 1758, la baie a toutefois été occupée à plusieurs fins. Nous savons qu’elle a servi de crique aux pêcheurs de la côte Nord et que les rives fertiles en blé d’un de ses affluents a nourri la famille de René Rassicot qui est à l’origine du nom historique « Rustico » qui n’a rien à voir avec la vie rustique des gens du pays.

La baie de Rustico se situe à onze lieues de Havre Saint-Pierre (établie en 1719/1720) à l’est et à trois lieues de Malpèque (1728) à l’ouest. Les pêcheurs œuvrant entre les deux ports devaient naviguer près de 60 kilomètres (une lieue vaut 4 km) au gré des intempéries. À l’approche d’une tempête les bateaux prenaient refuge dans la rade de Rustico. Elle fut rapidement baptisée « La Crique » car sa géographie, y compris son chenal, offrait aux bateaux et à leur équipage une protection hautement appréciée. Les légendes racontent que La Crique a sauvé plusieurs marins d’une mort certaine.

Le nom actuel de Rustico provient d’un des premiers colons français, René Rassicot, originaire d’Avranches (Normandie) en face de la baie du Mont-Saint-Michel, qui est arrivé à Port-LaJoye en 1724. Il s’est ensuite établi dans l’estuaire de la rivière Wheatley qui se jette dans la baie de Rustico. Les premières orthographes « Racica » et « Racico » (utilisées par le recenseur sieur de la Roque en 1752) ont progressivement évolué vers Rustico.

Sur le bord de la rivière à Louis

Le long de l’estuaire de la rivière Wheatley
Le long de l’estuaire de la rivière Wheatley, anciennement la « rivière à Louis » (Photo crédit : Lindsey Gallant, sans modification)

Selon les écrits de Joseph-Henri Blanchard, on apprend que Louis Gallant fut le premier habitant de Rustico après le Grand Dérangement de 1758. Il vint s’établir sur le bord de la « rivière à Louis » en 1762 ou 1763. Puis, ses trois frères Jean, Joseph et Basile ainsi que Jean Pitre vinrent le rejoindre dans ce coin insulaire aux terres arables et boisées. Plusieurs autres ménages ont suivi, notamment les Blanchard, les Buotes, les Doiron, les Gaudet, les Gauthro, les LeBrun et les Martin. Sans s’assurer d’un bail leur garantissant possession du Lot 24 de l’île, ils ont défriché et ensemencé les terres et construit des « cabanes d’hiver » à partir des chênes qui abondent dans le paysage et qui arborent le drapeau actuel de l’Île-du-Prince-Édouard. Les propriétaires du lot, les lieutenants-colonels Francis MacLean et Charles Lee ne se sont pas préoccupés de colonisation et n’ont pas dérangé les familles acadiennes. Les premiers baux ont été signés un quart de siècle plus tard le 1er mai 1787.

Drapeau de l'Île-du-Prince-Edouard
Drapeau de l’Île-du-Prince-Édouard

Les « cabanes d’hiver » (maisons) faisaient partie de la tradition de la construction acadienne. Jean Doucet érigea sa maison à la Pointe-à-Grand-Père (devenue Cymbria). Elle aurait servi, dit-on, comme lieu de culte à l’époque où il n’existait pas d’église.

La beauté du paysage de Rustico rappelle à tous les visiteurs et plus particulièrement aux descendants des premiers habitants de l’Isle Saint-Jean que l’Acadie contemporaine est beaucoup plus que la francophonie, le drapeau acadien ou les institutions et les fêtes acadiennes. C’est surtout et avant tout la nature au sein de laquelle les gens du pays ont vécu et travaillé d’arrache-pied.

La maison Doucet
La maison Doucet

La maison Doucet est la plus ancienne de Rustico et de ses environs et probablement de toute la province.

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