Site de Port-LaJoye
Site de Port-LaJoye et les contours du fort au milieu du grand déboisement, en face de Charlottetown, capitale de l’Île-du-Prince-Édouard (Courtoisie de Le Corridor du Canada)

À l’été 1720, Pointe à la Framboise et Pointe à la Flamme gardent magistralement le chenal d’entrée du port qui prendra le nom de LaJoye car l’endroit a provoqué chez les premiers insulaires de l’Isle Saint-Jean un sentiment de vif bonheur. Après quatre mois de navigation épuisante, plus de 250 colons français recrutés dans les environs de La Rochelle surtout, mais aussi en Bretagne et en Normandie débarquent sur la terre ferme sous un soleil radieux et dans un paysage grandiose. La plupart d’entre eux, préférant la pêche à l’agriculture, vont s’établir à Havre Saint-Pierre en remontant la rivière Nord-Est (la Hillsborough aujourd’hui, 45 km) pour ensuite prendre les sentiers de portage des Mi’kmaqs vers les eaux poissonneuses du vaste golfe du Saint-Laurent. Avant d’entreprendre la construction des premières habitations de Port-LaJoye, une grande croix de bois est érigée au chant du Te Deum Laudamus à Pointe de la Croix près de l’anse aux Sauvages (Canceaux Cove), là où se jette la rivière de l’Ouest (West River).

Robert-David Gotteville de Belile, lieutenant de vaisseau, capitaine d’une garnison de trente militaires des troupes de la marine, commandant de la Compagnie de l’Isle Saint-Jean (voir l’introduction historique de la zone Île-du-Prince-Édouard) donne son approbation à l’emplacement. D’un point de vue stratégique, le site offre un port profond et bien abrité. Les hauteurs du promontoire permettent une vigie excellente du chenal d’entrée, de la rade et du confluent des trois rivières principales menant vers l’intérieur de l’île, y compris la rivière du Nord (North River). Comme on craint la reprise du conflit avec les Britanniques un fort composé de palis et de quatre bastions est érigé au sommet des lieux sans la réalisation de terrassement. Il est néanmoins appuyé d’une batterie de huit canons pointant le rivage opposé. Jusqu’à sa destruction par les flammes en 1745, lors d’une attaque surprise par les forces armées de la Nouvelle-Angleterre, le fort de Port-LaJoye sert d’avant-poste à la forteresse de Louisbourg sur l’Isle Royale dont les travaux de fortification furent entrepris dès 1719.

Un avant-poste de la forteresse de Louisbourg

Port-LaJoye à l’époque de la Nouvelle-France
Port-LaJoye et ses alentours à l’époque de la Nouvelle-France (Courtoisie de The Buzz, Prince Edward Island’s Guide)

À l’intérieur des palissades du fort, le groupe fondateur édifie une chapelle, la maison du commandant et celle de l’aumônier et (probablement) aussi celles de quelques officiers, des casernes pour les soldats, ainsi qu’une boulangerie et un entrepôt. En périphérie, entre le fort et Pointe de la Croix, vingt familles (16 françaises et quatre acadiennes) érigent leurs habitations. La famille acadienne de Michel Haché-Gallant et d’Anne Cormier (mariés en 1690 à Beaubassin, Acadie, et avec 12 enfants) est la première à s’établir en permanence à Port-LaJoye. D’autres Acadiens suivront, surtout dans les années qui précèdent le Grand Dérangement de 1755. Selon le recensement de 1735, huit familles sur 15 dans la capitale administrative de l’Isle Saint-Jean sont acadiennes (cinq françaises et deux canadiennes). Tous les chefs de famille, sauf deux, sont fermiers. En outre, sept des 15 fermes appartiennent aux membres de la famille Haché-Gallant, soit Michel (fils), Joseph, Jean-Baptiste, Charles, Pierre, François, et Jacques. Certaines indications suggèrent que Michel (père – décédé le 10 avril 1737 d’une manière tragique) quitta Beaubassin avec sa famille préférant immigrer à l’Isle Saint-Jean plutôt que de prêter le serment exigé pour devenir sujet britannique.

Monument dédié aux époux Haché-Gallant
Monument dédié à Michel Haché-Gallant et son épouse près du fort de Port-LaJoye à Rocky Point, en face de Charlottetown (image Vidéotron)
L’étoile Mi’kmaq
L’étoile Mi’kmaq (image Pinterest)

Les récoltes de 1720 sont maigres. Par surcroît, l’hiver subséquent est dur et froid pour les habitants de Port-LaJoye. Heureusement, les Mi’kmaqs leur fournissent du gibier, entre autres, des oies, des canards, des sarcelles, et de nombreuses perdrix ainsi que des lièvres et des caribous. Cette aide est pour la colonie une planche de salut. En reconnaissance de cette main-forte, devenue une fraternité inoubliable, chaque année durant le régime français, un important rassemblement de Mi’kmaqs et de colons se tient à Port-LaJoye, accompagné d’une traditionnelle remise de cadeaux. Les hauts fonctionnaires de Louisbourg sont au rendez-vous. Malheureusement, le Grand Dérangement de 1758 met fin au trajet de cette étoile filante parmi les étoiles.

mi, eget libero libero. in Phasellus mattis nunc elementum Sed Aenean