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  • Carencro (Lafayette)
    – Un nom dont la signification reste un mystère
Bovins de Louisiane
Bovins de Louisiane (Courtoisie de KEDM)

Environ 12 kilomètres séparent la ville de Carencro en banlieue de Lafayette et le bayou Carencro qui se situe au nord-est dans la paroisse de Saint-Landry. Entre les bayous Carencro et Têche s’étend sur plusieurs kilomètres carrés la prairie Carencro propice à l’élevage du bétail domestique, à l’approvisionnement en viande de la Nouvelle-Orléans, et aux fêtes Courir de Mardi Gras. C’est là que le premier colon de la région de Carencro, un Acadien nommé Louis Pierre Arceneaux (originaire de Beaubassin en Acadie, aujourd’hui la Nouvelle-Écosse), est venu s’établir comme bouvier en 1765. Cinq ans plus tard, en 1770, le deuxième gouverneur de la Louisiane espagnole, le général Alejandro O’Reilly (un Irlandais), décréta “qu’une concession de terre de 42 arpents (35 acres) de front sur 42 de profondeur pourrait être accordée qu’à ceux qui possèdent plus de 100 vaches, quelques moutons et chevaux, et deux serviteurs pour la vigie”. Il importe de savoir que l’année auparavant, en 1769, Juan Kelly et Eduardo Nugent visitèrent la région de Carencro au nom de l’administration et rapportèrent au gouverneur que “les habitants entretiennent tout ce qui est imaginable en matière de bétail domestiqué, surtout les vaches, les chevaux et les moutons”. Selon le recensement de 1803, 32 familles acadiennes constituaient à l’époque l’échine du développement économique et culturel de la région. On y comptait, entre autres, les Arceneaux, Babineaux, Benoit, Bernard, Breaux, Carmouche, Caruthers, Comeaux, Cormier, Guilbeaux, Hébert, Holway, LeBlanc, Melançon, Mire, Mouton, Pierre, Préjean, Roger, St-Julien, Savoie, et Thibodeaux. En 1810, le nombre de familles était passé à cinquante, pour un taux de croissance de 56 pour cent.

Le décret gouvernemental ci-haut mentionné (à propos de l’approvisionnement en bœuf louisianais, par opposition au bœuf importé) s’inscrit dans le cadre des politiques fiscales et économiques de l’époque. Préoccupé par le manque de fonds suffisants pour gérer la colonie, le gouverneur concentra alors son attention sur les coûts excessifs du Trésor Royal à l’égard des importations, plus précisément sur les grandes quantités de nourriture importées de La Havane. Selon lui, la Louisiane n’avait généralement aucun problème à se ravitailler en nourriture. En conséquence, O’Reilly décida de réduire les dépenses en réduisant l’importation des aliments superflus. Il s’aperçut également que de grandes quantités de denrées alimentaires importées par son prédécesseur s’étaient détériorées, causant ainsi des pertes considérables à la trésorerie. Suite à une inspection de la viande salée et de la farine qui étaient disponibles, il ordonna de se défaire des denrées inconsommables, et de retourner à La Havane celles qui étaient encore comestibles. La Louisiane reçut un crédit pour réduire ses dépenses, parmi plusieurs autres mesures budgétaires.

Les pionniers de Carencro

Mousse espagnole
Mousse espagnole dans le sud de la Louisiane (photo crédit : Charlene Voss, Pinterest)

Selon le Dictionnaire généalogique des Arceneaux, le premier de cette famille en Acadie a été Pierre Arsenault (Pierre I), né à Rochefort dans le centre-ouest de la France vers 1646 et arrivé en Acadie peu après le recensement de 1671. Le nom Arsenault était très répandu dans la région Poitou-Charentes de France au 17ème siècle. Pierre I a participé activement à la fondation de la colonie de Beaubassin située sur l’isthme de Chignectou à proximité des marais salins de Tantramar aux abords de la rivière Mésagouèche. À partir de 1765, plusieurs de ses descendants, réfugiés de la déportation acadienne, ont commencé à arriver en Louisiane et à s’installer le long des bayous navigables. Apparemment, la mousse espagnole de ce pays d’adoption a séduit les nouveaux habitants qui ont apporté avec eux le Courir de Mardi Gras.

Les variantes des noms de cette grande famille sont nombreuses :

ARCENEAUX ARCENAULT ARCENEAU ARCHENAU ARCHENAUD ARCHENAULD ARCHENAULT ARCHENAUT ARCHENAUX ARCHENEAU ARCHENEAUD ARCHENEAULT ARCHENEAUX ARCHENO ARCHENOS ARCHENOT ARSENAU ARSENAUD ARSENAUT ARSENAUX ARSENEAU ARSENEAULT ARSENEAUT ARSENEAUX ARSENEUX ARSONAULT HARLENAUT HARSENAU HARSENAUT HARSENEAU LARCENAUX LARSENEAUX.

Carouge à épaulettes
On trouve le carouge à épaulettes dans presque toute l’Amérique du Nord (auteur Brian Gratwicke, licence CC BY 2.0)

Plusieurs vagues rumeurs circulent concernant la signification du mot “Carencro”. Certains disent que c’est l’urubu à tête rouge (un symbole de morbidité et de mortalité) d’une légende amérindienne locale. D’autres prétendent qu’il s’agit plutôt du mot chiac “carrion crow” signifiant corneille noire (aussi un charognard). Si nous restons sur le thème des oiseaux, il est encore probable que ce soit un carouge à épaulettes. Les Mi’kmaqs et les Malécites de l’Acadie savent très bien que sa témérité est une distinction dominante. Peut-être, les Acadiens ont-ils été fascinés de voir en Louisiane un oiseau de chez eux ? Car si le carouge à épaulettes apprécie les grands prés, il préfère encore plus les zones humides où il trouve de nombreux insectes.