Cabane acadienne
Cabane acadienne, comme ici au village acadien de Caraquet, dans la baie des Chaleurs (Photo crédit : J.-F. Bergeron, Gouvernement du Nouveau-Brunswick, sans modification)

Les premiers colons de Tracadie, un nom Mi’kmaq signifiant « endroit idéal pour s’installer », arrivent sur les lieux en 1728. Avec entre-aide, ils érigent une cabane acadienne ayant la taille nécessaire pour héberger convenablement quatre familles distinctes, c’est-à-dire les Boudrot, les Bourg (Michel et Charles, deux familles) et les Belliveau. Ils s’installent sur le rivage occidental de la baie de Tracadie, un endroit paisible où l’eau potable est à portée main. Ensemble, ils sont vingt personnes, soit huit adultes et douze enfants. Étant tous paysans, Tracadie devient alors une petite communauté agraire où l’air est pur et où il fait bon vivre. Michel Bourg est le seul à posséder une goélette. Peut-être sont-ils tous arrivés en même temps par la mer. En 1728, Tracadie est la quatrième plus grande colonie de l’Isle Saint-Jean (297 habitants au total), après Havre Saint-Pierre (116), Port-LaJoye (105), et Havre aux Sauvages (27). Le site est idyllique. Les Mi’kmaqs n’auraient pu choisir un meilleur nom.

En 1735, après sept années de vie communautaire, Tracadie double sa population et devient, avec une production de 104 boisseaux de grain, principalement de blé, d’avoine, d’orge et de petits pois, le troisième plus grand producteur de céréales de l’île après Port-LaJoye (231 boisseaux) et Havre Saint-Pierre (205). En 1752, selon le recensement du Sieur de La Roque, Tracadie compte 80 habitants, soit 20 adultes et 60 enfants. Il s’agit là d’un taux de croissance de 400 pourcents depuis sa fondation en 1728. Ses habitants, la plupart acadiens, sont répartis dans dix familles qui s’étalent jusqu’à l’Étang-des-Berges (aujourd’hui Stanhope) où se sont installées les familles de Joseph Boudrot et de Jacques Chiasson. Ces deux familles, à elles seules, possèdent quatre boeufs, cinq vaches, trois veaux, un taureau, une génisse, une truie, une jument, 13 cochons et 15 volailles. L’endroit est parfait.

Phare de Stanhope
Le phare de Stanhope, anciennement l’Étang-des-Berges (Photo crédit : Tony Beck, fineartamerica, sans modification)

Epargnés par la déportation de 1758

Entrée de la baie de Tracadie
L’entrée difficile de la baie de Tracadie (Courtoisie de marinas.com)

L’arpenteur-géomètre La Roque dans son recensement de 1752 décrit les difficultés empêchant une entrée facile dans la baie de Tracadie. Il indique « Au milieu de l’entrée se trouve un chenal de soixante brasses de largeur allant du nord-nord-est au sud-sud-ouest, et ayant sur toute sa longueur un gisement de quinze à seize pieds d’eau à marée haute ». Il n’est donc pas surprenant d’apprendre des historiens qu’en raison des risques de navigation périlleuse, surtout à marée basse, toutes les familles de Tracadie et de l’Étang-des-Berges semblent avoir échappé à la déportation de 1758. Elles seraient simplement restées sur place.

À compter de 1749, les Acadiens de la Nouvelle-Écosse (anciennement l’Acadie) sont de plus en plus oppressés à prêter un serment d’allégeance au monarque britannique. De plus, une menace de déportation se ressent. En conséquence, un grand nombre de familles acadiennes décident de quitter leur Acadie protestante et anglophone pour aller s’établir à l’Isle Saint-Jean, territoire catholique et francophone. La double occupation des cabanes devient un fait courant. En 1755, la population de l’île grimpe d’une façon exponentielle pour atteindre environ 4250 habitants à la veille de la déportation de l’Acadie péninsulaire. Pour 3100 d’entre eux ce sera peine perdue. Car, avec la chute de Louisbourg en juillet 1758, la colonie insulaire tombe également aux mains de l’Angleterre qui décide alors d’une expulsion en masse vers la France. Les quelques familles acadiennes (nom et nombre inconnu) qui se seraient réfugiées à Tracadie ou à l’Étang-des-Berges via un sentier de portage Mi’kmaq qui relie la rivière du Nord-Est (aujourd’hui la Hillsborough près de Frenchfort) au fond de la baie de Tracadie auraient été épargnées.

Sentier de portage
Certains sentiers de portage sont devenus des chemins carrossables (Photo crédit : Keith Watson, Welcome PEI, sans modification)

Selon W. Earle Lockerby, un écrivain originaire de l’île, les bâtiments (églises, maisons, granges, et moulins, etc.) des communautés insulaires déportées en 1758 n’ont pas été incendiés comme ce fut les cas en Nouvelle-Écosse en 1755. Des centaines de bâtiments ont été retrouvés indemnes après la déportation. D’ailleurs, Edward Whitmore, gouverneur de l’Isle du Cap-Breton et de l’Isle Saint-Jean souligne dans son rapport écrit au Premier ministre britannique que les bâtiments n’ont pas été détruits.

Praesent risus. ut velit, massa sed Aenean Curabitur elementum fringilla