Vers Bathurst-Ouest
Rue St. Pierre, vers Bathurst-Ouest (photo J-M. Agator)

Située au fond de la baie de Nepisiguit, la ville de Bathurst fut ainsi baptisée en 1826 en l’honneur du comte Henry Bathurst, secrétaire d’état à la guerre et aux colonies dans le gouvernement britannique. A cette date, les colons anglophones, déjà majoritaires, avaient pu imposer leur choix. Ils n’étaient pourtant pas les premiers colons installés à l’abri de ce havre à l’entrée étroite et profonde, formé par la confluence de quatre rivières. Les premiers habitants de la ville étaient des réfugiés acadiens qui avaient échappé à la déportation massive de leurs compatriotes à partir de 1755. Etabli sur le site actuel de Bathurst-Ouest, leur village s’appelait Nepisiguit, mot micmac signifiant “eaux agitées”, mais fut aussi connu sous le nom de Saint-Pierre. Voici les débuts mouvementés de l’histoire du village, où les rencontres avec les corsaires ne sont pas toujours mauvaises…

Tout avait pourtant bien mal commencé. Fin octobre 1761, soit plus d’un an après la capitulation de Montréal, le capitaine Roderick MacKenzie dirigea une attaque contre les établissements acadiens de la rive sud de la baie des Chaleurs, afin d’en capturer les habitants. Les Anglais étaient clairement excédés par la guerre de course implacable que leur faisaient les corsaires acadiens et peu leur importait si les Acadiens qu’ils capturaient n’y étaient pour rien. D’après Gamaliel Smethurst, un marchand du Massachusetts témoin de l’attaque à Nepisiguit, MacKenzie captura environ 180 personnes, avec tous leurs bateaux, soit onze sloops et chaloupes. Ce coup de force stoppait net le commerce des poissons, des peaux et des huiles du marchand avec les Acadiens et les Micmacs. Fort heureusement, MacKenzie dut relâcher un grand nombre de ses captifs acadiens, faute de place sur les bateaux…

Un corsaire bienveillant

En 1768, alors qu’aucun colon anglophone n’osait encore habiter la région de Nepisiguit, l’un des plus célèbres corsaires britanniques de l’époque, le Commodore George Walker, installa un poste de traite et de pêche à l’entrée du havre de Nepisiguit (actuelle pointe Youghall). Ses installations connurent rapidement une grande réussite commerciale. D’origine écossaise, Walker s’était illustré dans la marine britannique par ses succès spectaculaires, mais il était aussi réputé pour l’attention qu’il portait à ses équipages qui en retour lui vouaient un profond respect. Et c’est ainsi que Walker se comporta avec la population micmaque, acadienne et britannique de la région, lui qui était également le juge de paix de tout le territoire de Ristigouche à Cumberland. Quand se déclencha la guerre d’indépendance américaine, en 1775, il savait pourtant que ses installations finiraient par être attaquées…

L'Eglise de la Sainte-Famille
L’Eglise Sainte-Famille de Bathurst (image dans le domaine public)

En 1778, les installations de Walker, protégées par une batterie de canons, furent probablement les dernières détruites par les corsaires américains. L’industrie de la pêche ne reprit véritablement qu’en 1784 quand le colonel Arthur Goold reçut en concession presque toute la partie est du havre de Nepisiguit. Dès lors, les nouveaux colons acadiens n’avaient pas d’autre choix que de s’installer de nouveau dans la partie ouest du havre. La paroisse Sainte-Famille fut fondée en 1798, quelques années après la construction de la première chapelle, sous le patronage de Saint-Pierre, à l’emplacement de l’actuelle Eglise Sainte-Famille (Holy Family).

L’histoire ne serait pas complète sans préciser que c’est probablement un peu plus au nord, à la pointe Ferguson (actuel Club de Golf Gowan Brae), que Nicolas Denys, grand seigneur de l’Acadie, avait établi son habitation et fut inhumé en 1688. Sa colonie fut ensuite abandonnée, mais il ne faut pas chercher plus loin le véritable fondateur de Bathurst.

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