Pointe-de-l'Est
Pointe-de-l’Est, telle que vue par les premières familles colonisatrices (Photo crédit : ShawnAnnelize, sans modification)

Selon le premier recensement de l’Isle Saint-Jean en 1728 Pointe-de-l’Est (aujourd’hui East Point) comptait douze habitants répartis dans quatre familles, soit les Churin, les Durocher, les Giraud et les Rochefort. Mathieu Churin a été le premier à s’y établir en 1719. Joseph Durocher et Nicolas Giraud arrivèrent en 1720, et Rochefort en 1728. Tous ont déclaré au recenseur de Louisbourg sur l’Isle Royale être pêcheur. La petite communauté comptait six chaloupes de pêche, aucune goélette cependant, car il n’y avait pas de rade à la tête de l’île pour les mouiller à l’abri des hautes vagues. Les chaloupes étant plus petites et moins lourdes pouvaient facilement être montées sur la plage avoisinante. Plus de 25 pourcents des kilogrammes de morue débarqués à l’Isle Saint-Jean arrivaient à Pointe-de-l’Est. Toujours selon le recensement de 1728, Pointe-de-l’Est était le deuxième plus achalandé port de pêche de l’île, après Havre Saint-Pierre. La morue était omniprésente sur le littoral. L’historien Jean-Baptiste Ferland écrivait en 1836 « Par les yeux et par les narines, par la langue et par la gorge, aussi bien que par les oreilles, vous vous convaincrez bientôt que (dans le golfe du Saint-Laurent) la morue forme la base de la nourriture et des amusements, des affaires et des conversations, des regrets et des espérances, de la fortune et de la vie, j’oserais dire de la société elle-même. » Nous sommes au pays de la morue.

L’expression insulaire « cabane d’hiver » (maison) prend son sens du rythme de vie des pêcheurs qui était conditionné par la morue. Parce que ce poisson migre, l’hiver reste pour les pêcheurs une saison morte. Tandis que la fonte des neiges annonce la reprise des activités. On sort les filets au printemps, on calfate les chaloupes, on répare les lignes et on prépare les instruments. L’été et l’automne, avec le retour de la morue, sont des saisons d’enfer. On se lève avec le soleil, on tire inlassablement la ligne sous ses rayons ardents ou dans l’humidité des embruns pour rentrer seulement à la brunante. On apprête le poisson jusqu’aux petites heures du matin à la lumière des torches, raconte Nicolas Denys en 1680. La scène reste identique au 18ème siècle.

Une industrie familiale

Etablissement de pêche à la "morue séchée"
Établissement de pêche à la « morue séchée », 18ème siècle, d’après le Traité général des pesches, par Duhamel du Monceau dans Encyclopédie, planches des pêches (Paris, Éditions Panckoucke, 1793)

À l’époque de la colonisation de l’Isle Saint-Jean dans les années 1720 un grand nombre de marins pêcheurs normands recherchaient du travail sur des morutiers qui venaient pêcher dans les eaux poissonneuses du golfe du Saint-Laurent. Une fois la saison de pêche à la morue terminée, certains d’entre eux décidaient de s’y installer en permanence. La plupart de ces marins étaient originaires des environs de Granville en Normandie. De temps en temps, à la fin de la saison, certains marins décidaient de quitter leur équipage et de fonder une famille. Ils épousaient « à la manière du pays » une Mi’kmaq ou une fille déjà métissée. Mathieu Churin (ou peut-être Turin) était fort probablement de ce nombre.

Des morues salées séchées selon la tradition
Des morues salées séchées selon la tradition (Photo crédit : Radio-Canada / Hélène Raymond, illustration gaspésienne)

La pêche côtière par les insulaires était une industrie familiale. Quand les hommes rentraient à terre, toute la famille aidait à apprêter leurs prises. Mères, épouses, filles et garçons aidaient à étêter, à trancher et à éviscérer la morue, pour ensuite la saler et l’étendre au soleil sur des vigneaux de bois. Ce processus de séchage pouvait s’étaler sur plusieurs semaines et la famille devait amener le poisson à l’abri sitôt qu’il pleuvait. Les pêcheurs vendaient leurs morues salées séchées à des marchands caboteurs qui transportaient les cargaisons à l’Isle Royale (Louisbourg) pour être acheminées vers les marchés d’Europe et des Caraïbes. Quatre conditions naturelles étaient capitales à l’installation d’établissement de pêche, d’abord la proximité des bancs de poisson et les possibilités d’abri pour les bateaux, ensuite les sources d’approvisionnement en bois et en eau douce et les conditions climatiques dominantes. Par exemple, les brouillards fréquents ou une chaleur estivale excessive avaient un effet néfaste sur le séchage de la morue. Pointe-de-l’Est était un endroit parfait…

Phare de Pointe-de-l'Est
Pointe-de-l’Est (East Point) à l’est de Souris au bout du chemin du phare
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