Pont du port de Saint-Jean
Pont du port de Saint-Jean, vu depuis la rive sud de la rivière Saint-Jean (auteur Thomas Triple, licence CC BY-SA 3.0)

Située à l’embouchure de la rivière Saint-Jean, la ville de Saint-Jean (68000 habitants) est réputée pour ses chutes réversibles dues aux fortes marées de la baie de Fundy qui inversent le cours de la rivière. Mais l’histoire du site est tout aussi remarquable. A la limite ouest du port de Saint-Jean, sur la rive sud de la rivière, se situe le Lieu historique national de Canada Fort Charnisay et entre le pont du port et le Grand quai, sur la rive nord, se trouve le Site archéologique de Fort La Tour. Des forts français du 17e siècle sur les deux rives de la rivière ? Pas de doute, il s’agit d’un site hautement stratégique qu’il fallait défendre à tout prix pour contrôler l’accès et le trafic vers l’intérieur des terres, donc vers la Nouvelle-France. Pourtant, les ennemis d’hier n’ont pas toujours été ceux que l’on croit…

En 1631, Charles de Saint-Etienne de La Tour venait d’être nommé gouverneur et lieutenant général du roi en Acadie. Il fit construire un poste de traite fortifié à l’embouchure de la rivière Saint-Jean, qu’il nomma fort Sainte-Marie (dit fort La Tour), soucieux d’exploiter avant les Anglais ce territoire le plus riche en fourrures de toute l’Acadie. Malgré le pillage du fort, l’année suivante, par un corps de troupe écossais, La Tour continua de faire fructifier la traite des fourrures à son poste, tout en attirant des colons. En 1638, il dût composer avec un concurrent redoutable, Charles de Menou d’Aulnay, nommé également lieutenant général du roi en Acadie. La forte rivalité entre ces deux hommes au caractère bien trempé dégénéra très vite en lutte armée. En 1645, d’Aulnay prit d’assaut le poste fortifié, en l’absence de La Tour, malgré la résistance acharnée de ses défenseurs. Il fit ensuite restaurer et renforcer le poste pour y poursuivre une activité commerciale florissante. Ce qu’il est advenu du fort par la suite reste largement méconnu. Aujourd’hui, des restes du fort La Tour sont enfouis sur le site archéologique qui n’a sans doute pas encore livré tous ses secrets. Mais revenons à 1645…

Les forts de la rive sud

Emplacement du fort Charnizay
Cairn et plaque désignant le Lieu historique national de Canada Fort Charnisay (auteur Hantsheroes, licence CC BY-SA 3.0)

D’Aulnay avait fait construire un autre poste de traite fortifié, le fort Charnisay, le tout premier sur la rive sud de la rivière Saint-Jean. En 1698, Joseph Robinau de Villebon, gouverneur de l’Acadie, fit ériger le fort Saint-Jean au même endroit, où il transporta le siège de son gouvernement. Premier fort militaire construit sur le site, il fut cependant démantelé peu après la mort de Villebon, vers 1700, par le nouveau gouverneur de l’Acadie, Jacques-François de Monbeton de Brouillan. Celui-ci estimait que le fort était mal placé et en transporta les matériaux à Port-Royal où il s’installa. En 1749, le fort Saint-Jean fut rétabli, rebaptisé fort Ménagouèche, par le lieutenant Charles Deschamps de Boishébert. Il fallait en effet empêcher les Anglais de s’établir à l’embouchure de la rivière Saint-Jean, alors que les Français avaient fixé la limite de l’Acadie française dans l’isthme de Chignectou. Mais en juin 1755, tout changea brutalement…

Les Anglais venaient de se rendre maîtres de l’isthme de Chignectou et menaçaient directement le fort Ménagouèche que Boishébert fut contraint de détruire. Il put alors continuer son combat parmi les colons de la région où affluèrent de nombreux réfugiés acadiens. Le dernier fort construit en 1758 au même endroit, le fort anglais Frederick, connut lui aussi une vie agitée, mais c’est une autre histoire…

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