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  • Canard (Rivière-aux-Canards)
    – Si le canard noir d’Amérique pouvait parler
Déportation des Acadiens
Scène de la déportation des Acadiens en 1755 (œuvre de George Craig, image dans le domaine public)

Rivière-aux-Canards (aujourd’hui Canard) se situe à l’extrémité est de la vallée d’Annapolis. Fondé vers 1675 par Pierre Terriot et ses compagnons de Port-Royal, Claude Landry, Antoine Landry et René LeBlanc, il fait partie des premiers établissements acadiens du bassin des Mines. Au recensement de 1701 plus de 45 colons répartis dans sept familles vivaient sur ce terroir fertile d’Acadie. Sur le tableau de la déportation des Acadiens du bassin des Mines à Grand-Pré, par le peintre George Craig, on aperçoit en arrière-plan sur le versant occidental du bassin la fumée noire de l’incendie de Rivière-aux-Canards lors du Grand Dérangement de 1755. Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Écosse à l’époque, avait donné l’ordre de brûler tous les bâtiments, y compris les églises, et de détruire les récoltes pour empêcher les Acadiens de revenir dans leurs demeures. C’est ainsi que les colonies de Rivière-aux-Canards, de Grand-Pré et de Pisiguit, entre autres, furent incendiés par les forces Britanniques sous la direction du lieutenant-colonel John Winslow.

La rivière aux Canards tire son nom du mot Mi’kmaq Apocheechumochwakade qui signifie “la demeure du canard noir”. La première digue (avec aboiteaux) pour assécher les terres marécageuses du bassin et les transformer en terres agricoles fut construite dans la partie supérieure de la rivière entre les villages actuels d’Upper Dyke et de Steam Mill. C’est là que la marée salée du bassin atteignait son plus haut point. Puis, dans sa partie centrale, soit à Middle Dyke, les Acadiens y bâtirent une plus grande digue, transversale cette fois, le long de la route actuelle Middle Dyke Road. Vers 1750, une autre digue transversale encore plus longue, appelée la Grande Digue fut construite près de l’actuelle communauté de Port Williams. En 1750, la population régionale atteint environ 750 habitants. La zone économique comprend de vastes fermes plantureuses tout au long de la rivière aux Canards.

Le canard noir d’Amérique
Le canard noir d’Amérique (Photo crédit : Dick Daniels, licence CC BY-SA 3.0)

De nos jours, sur ces mêmes espaces autrefois acadiens apparaissent des panneaux de signalisation indiquant, entre autres, Starr’s Point, Canard, Upper Canard, Canning, Lower Canard, Chipman Corner, Port Williams, Upper Dyke, Steam Mill, Church Street, et Billtown (nommé d’après un “planteur” de la Nouvelle-Angleterre. Que s’est-il alors passé ? En bref, le canard noir de la région vous dira que le gouverneur Lawrence a tout simplement déshabillé Pierre Terriot pour habiller Bill dit Le Planteur.

Les intentions malveillantes du Grand Dérangement

“Les planteurs” est le nom donné aux Anglo-américains qui, à l’invitation du gouverneur de la Nouvelle-Écosse (anciennement l’Acadie), se sont établis sur les terres appartenant aux Acadiens bâtisseurs avant d’être déportés manu militari. Au-delà des raisons officielles avancées en politique, comme le refus de prêter serment d’allégeance à la couronne britannique, certains écrits nous révèlent en quatre mots et sans équivoque la vraie raison sous-jacente, une expropriation par expatriation.

Dans une lettre attribuée à John Winslow, les intentions malfaisantes du gouverneur sont dévoilées publiquement : “Nous formons actuellement le noble et grand projet de chasser de cette province les Français neutres qui ont toujours été nos ennemis secrets et ont encouragé nos sauvages à nous couper la gorge. Si nous pouvons réussir à les expulser, cet exploit sera le plus grand qu’aient accompli les Anglais en Amérique, car au dire de tous, dans la partie de la province que ces Français habitent, se trouvent les meilleures terres du monde. Nous pourrions ensuite mettre à leurs places de bons fermiers anglais, et nous verrions bientôt une abondance de produits agricoles dans cette province”. Cette lettre est publiée dans la New York Gazette du 9 août 1755 et dans la Pennsylvania Gazette du 4 septembre 1755.

Le 18 octobre 1755 Charles Lawrence écrit aux Lords du commerce de Londres, en Angleterre “…dès que les Français seront partis, je ferai tout mon possible pour encourager les gens du continent à coloniser ces terres… et les circonstances additionnelles des habitants qui évacuent le pays permettront, je m’en félicite, d’accélérer grandement cet événement puisque cela nous fournit une grande quantité de bonnes terres prêtes à être cultivées immédiatement” [traduction].

Panorama de Rivière-aux-Canards
Panorama de Rivière-aux-Canards et du bassin des Mines (Photo crédit : Louis Gélinas et Pauline Naillon, Sentier Acadie historique)
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