• >
  • Houma (Bayou Terrebonne)
    – Le premier monument du Grand Dérangement aux États-Unis
Croix de la Déportation des Acadiens
La Croix de la Déportation des Acadiens située à Houma dans la paroisse de Terrebonne (Courtoisie : Le site du tourisme officiel des États-Unis)

Le bayou Terrebonne, d’une longueur d’environ 70 kilomètres, se jette dans le golfe du Mexique. Il constitue une voie d’eau importante de la paroisse de Terrebonne créée en 1822 d’une partie de la paroisse de La Fourche. En Louisiane une paroisse est ce que les autres États américains désignent comme un comté. À Houma, le siège de la paroisse, on y a érigé au centre-ville le 11 octobre 2011 un monument commémoratif du « Grand Dérangement » du peuple acadien. Il est chapeauté par une réplique de la Croix de la Déportation de Grand-Pré. Le piédestal rappelle aux visiteurs que la plupart des Acadiens ont reçu des terres le long des bayous Têche, Lafourche et Terrebonne. Ce monument, le premier aux États-Unis, fait partie intégrante de l’Odyssée acadienne qui est une série de monuments inaugurés au fil des années dans les différents lieux liés à la déportation. On y souligne aussi que la Louisiane est devenue la Nouvelle-Acadie pour beaucoup d’exilés. Sachez qu’en 2003 une réplique de la Croix de la Déportation fut installée à Saint-Martinville, en Louisiane, à l’endroit où ont se sont implantés des réfugiés acadiens en 1765.

Dans les années 1780, les Acadiens commencent à descendre les bayous vers le sud. Les autorités espagnoles avaient depuis presque deux décennies préféré limiter les déplacements. Mais il manquait de place pour accommoder la croissance et surtout la répartition des terres à la mort du chef de famille. Car chaque fois qu’un patriarche décédait sa terre était divisée. Après une génération ou deux, l’exploitation agricole familiale devenait de plus en plus restreinte et insuffisante. Il fallait donc trouver ailleurs des terres disponibles le long de bayous ou au sein de prairies plus éloignées.

Ce branle se poursuit et s’intensifie tout au long des années 1790 poussant ainsi les nouvelles colonies à s’établir dans la partie inférieure du bayou Lafourche et le long d’autres bayous navigables de la région. Quatre familles s’installent le long du canal Attakapas entre 1793 et 1803. Quelques autres familles (du groupe de réfugiés de 1785 venu de France) prennent résidence au Bayou Boeuf. Vers 1795 sept familles se fixent sur les rives du bayou Terrebonne.

La terre des Houmas

Houma de la Louisiane
Les Houmas de la Louisiane parlent encore français (Dessin de Riou, Pinterest.ca)

Avant l’arrivée des Acadiens, les gens de la Première Nation Houma occupaient déjà les terres isolées du vaste delta du Mississippi. En 1682, René-Robert Cavelier de La Salle a été le premier Blanc à identifier les Houmas. Quarante ans après La Salle, Pierre-François-Xavier de Charlevoix (né à Saint-Quentin, France, et enseignant au Collège des Jésuites de Québec) se fait le témoin de l’accueil des Amérindiens de la Louisiane. En référence aux Houmas, il écrit dans son journal de voyage le 10 janvier 1722 « Le Mississippi commence ici à fourcher avant de porter ses eaux à la mer. Un quart de lieue plus avant, dans les terres, est le grand village Ouma. Ici il y a quelques maisons françaises. Cette nation est fort affectionnée ». Comme les Français avant eux, les Acadiens d’Amérique ont côtoyé les Houmas au point que ces derniers ont adopté progressivement la francophonie comme moyen de communication. Avec le temps, ils ont perdu l’usage de leur langue ancestrale. Trois siècles plus tard, en 2020 à Dulac sur la côte méridionale de la Louisiane, plusieurs Houmas tout autant affectionnés s’accordent (voir leur témoignage) pour affirmer que face à la montée de l’anglicisme la survie du français dépend du vouloir des générations à venir. En ce qui concerne les générations du passé, c’est un isolement quasi-total qui a été le sauveteur de la langue de La Salle et de Charlevoix.

Bénédiction de la flotte à Chauvin
Bénédiction de la flotte à Chauvin dans la paroisse de Terrebonne (Photographe inconnu, NOLA.com)

À l’instar des Mi’kmaqs d’une Acadie lointaine, les Houmas de la Nouvelle-Acadie ont appris aux Acadiens comment survivre dans les conditions difficiles du delta du Mississippi. Leurs relations paisibles ont été mutuellement avantageuses. Vivre parmi les alligators (cocodries en cadien) n’est pas la même chose que de vivre parmi les castors. En outre, les techniques apprises concernant la pêche aux écrevisses ont permis aux Acadiens de tirer profit d’une manne abondante qui fait aujourd’hui de la Louisiane le plus grand producteur d’écrevisses aux États-Unis.