La richesse du terroir acadien à Grand-Pré
La richesse du terroir acadien à Grand-Pré (Courtoisie de UNESCO, Tourisme Nouvelle-Écosse, sans modification)

Alors que la déportation des Acadiens visait un nettoyage ethnique de «sujets indésirables de Sa Majesté», il est indéniable que les terres fertiles endiguées de Grand-Pré et d’ailleurs en Nouvelle-Écosse (perçue comme la 14ème colonie britannique d’Amérique) étaient aussi prisées par les autorités de la Nouvelle-Angleterre pour leurs récoltes abondantes. En 1755, Charles Lawrence était le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse et le co-architecte de la déportation des Acadiens avec William Shirley, gouverneur du Massachusetts. À cette époque en Virginie, le lieutenant-gouverneur Robert Dinwiddie était engagé dans le nettoyage manu militari de la présence française dans la vallée de l’Ohio, c’est-à-dire les forts Duquesne, Machault, Le Boeuf, et Presqu’île. Sachez que la population de la Virginie, la plus peuplée des colonies britanniques, s’élevait alors à quelque 340 000 citoyens, soit près de cinq fois la population entière de la Nouvelle-France.

Dans une lettre adressée aux Lords of Trade de Londres en Grande-Bretagne, en date du 18 octobre 1755, Charles Lawrence écrit : «… Dès que les Français (Acadiens) seront partis, je m’efforcerai du mieux possible d’encourager les gens du continent (les 13 autres colonies britanniques) à s’établir sur leurs terres… en outre l’évacuation (la déportation) des habitants de ce pays (Acadie), et je m’en vante, hâtera grandement cet événement, car une multitude de terres arables prêtes pour la mise en culture sera immédiatement disponible» (traduction).

Trois ans plus tard, Charles Lawrence, dans une proclamation qui fut publiée dans le Boston Gazette annonça qu’il y avait des terres vacantes en Nouvelle-Écosse et invita tout cultivateur (Planter) intéressé à lui soumettre une demande.

Le texte abrégé se lisait comme suit : «Étant donné le succès récent de Sa Majesté… l’ennemi a été contraint de se retirer… une occasion favorable se présente maintenant pour le peuplement et la culture… des terres libérées par les Français… Celles-ci sont cultivées depuis plus de cent ans et ne manquent jamais de récoltes, ni d’engrais» (traduction). Voir le Boston Gazette du 6 novembre 1758.

Au cours de la décennie suivante, plus de 10 000 cultivateurs de la Nouvelle-Angleterre envahirent les terres «libérées» (saisies).

Deux fois déportés

C’est en novembre 1755 que 1150 déportés acadiens, qui venaient d’être destitués de leur riche terroir, arrivèrent inattendus en Virginie. La décision fut prise par le Conseil exécutif de les héberger et de les nourrir à raison de quatre livres de farine et de deux livres de viande par semaine par personne jusqu’au printemps. Ils furent alors répartis dans trois communautés côtières c’est-à-dire Norfolk, Hampton et Richmond. On raconte qu’une centaine de réfugiés se seraient enfuis dans les bois.

Deux fois déportés
Deux fois déportés (Courtoisie de Free Desktop Wallpapers)

Robert Dinwiddie souligne dans une lettre à William Shirley datée du 28 avril 1756 que pour se débarrasser de ces «ennemis internes» au sein de la province, la législature est prête à payer leur déportation vers la Grande-Bretagne. Si la Nouvelle-Écosse a pu le faire, la Virginie peut en faire autant. Telle fut la raison donnée dans les coulisses du pouvoir. Cette décision fut annoncée publiquement dans le Pennsylvania Gazette du 6 mai 1756. Voir aussi les annales du lieutenant-gouverneur.

La déportation subséquente des Acadiens de la Virginie vers la Grande-Bretagne, dénombrant 1044 personnes, a eu lieu le 10 mai 1756 sur quatre grands voiliers qui arrivèrent à destination à la mi-juin 1756. Le Fanny Bovey avec quelque 220 Acadiens à bord arriva à Falmouth, le Virginia Packet (289) à Bristol, le Bobby Goodridge (293) à Portsmouth où il fut redirigé vers Southampton, et l’Industry (242) à Liverpool.

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