Le Village historique acadien
Le Village historique acadien de la Nouvelle-Écosse (source Off Track Travel)

D’emblée il importe de savoir que le paysage marin de Pubnico dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse est d’une beauté splendide. Vers 1650 le gouverneur d’Acadie, Charles de Saint-Étienne de la Tour, invite Philippe Mius d’Entremont, dont la généalogie ascendante est un casse-tête, à devenir commandant des troupes du roi. Trois ans plus tard le gouverneur lui octroie le titre de baron et lui offre, en guise de prestations en nature pour services rendus, une seigneurie là où il le souhaite. Ce dernier choisit alors de s’établir à “Pogomkook”, un lieu appelé ainsi par la Première Nation Mi’kmaq et signifiant, selon les historiens, “un endroit où en hiver on peut aller pêcher les anguilles dans le port en creusant des trous dans la glace”. L’appellation française devient “Pobomcoup”. Puis avec l’arrivée des Anglais les lieux sont rebaptisés “Pubnico”. D’Entremont joue un rôle primordial dans l’histoire de la colonie par ses compétences administratives et du fait qu’il fut l’un des rares seigneurs acadiens à mettre en culture des terres incultes. Plusieurs familles de Port-Royal s’installent sur son domaine contribuant à former une communauté vibrante où la pêche devient prédominante. Le baron érige son château féodal près de l’entrée du havre servant de port, sur une péninsule longue d’une douzaine de kilomètres qui protège les goélettes des vagues de la mer. Sa résidence prend le nom de “La Baronnie de Pobomcoup”. Elle se situe où se trouve aujourd’hui le Village historique acadien de la Nouvelle-Écosse. La seigneurie reste entre les mains de la famille d’Entremont jusqu’en 1758, année de la déportation des gens de la région.

La seigneurie de Pobomcoup

Trois conditions sont formellement stipulées à l’acte de concession de la seigneurie au baron d’Entremont, faite au fort de Port-Royal le 17 juillet 1653, c’est-à-dire d’occuper le domaine et de le peupler. La troisième est inusitée et intime. Elle oblige Philippe Mius d’Entremont à offrir à son octroyant, Saint-Étienne de la Tour, chaque année dans un sac à main fait d’une peau de castor un bouquet de fleurs à l’occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. En tout et partout il y aurait eu 55 seigneuries en Acadie, mais la plupart des seigneurs ne se préoccupaient guère d’exploiter leur territoire et de le peupler : la superficie des seigneuries étant trop grande et le gouvernement colonial français n’exerçant aucun contrôle. Seules quelques rares seigneuries acadiennes, notamment Port-Royal (1606), Beaubassin (1676), Grand-Pré (1682) et Cobéguit (1689) connurent un peuplement significatif.

Statue du sieur Philippe Mius d'Entremont
Sculpture du sieur Philippe Mius d’Entremont, à l’entrée du village historique acadien (Photo crédit : William Fischer, Jr., source Historical Marker Database)

“Noblesse oblige” suggère que le titulaire d’un titre de noblesse se comporte honorablement. À en juger par le gigantisme de la statue de bois érigée à l’effigie de Philippe Mius d’Entremont, le baron fondateur de Pobomcoup a accompli ses tâches avec dignité. La statue, d’une hauteur de 3,6 mètres (12 pieds), a été sculptée sur place dans un tronc de pin par Albert Deveau d’Edmundston. Le sculpteur s’est inspiré d’une aquarelle du Père Maurice LeBlanc. Car, il n’existe aucun portrait authentique connu de ce noble sieur acadien.

En 1754 Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, prend la décision de remplacer les Acadiens par des colons anglo-américains. Serment d’allégeance ou non, leur sort est jeté. De 1755 à 1762, les Acadiens sont expulsés de leurs terres, déportés en masse sans politique de retour, et dispersés ailleurs de manière à ne pas revenir.

Le port de Pubnico
Le port de Pubnico, où se faisait la pêche aux anguilles en hiver (Œuvre artistique de Barb Holmes, source Etsy)

Si la déportation a été menée avec succès au dire des autorités gouvernementales britanniques, son objectif ultime n’a pas été atteint. Car, en revanche des actions manu militari de Charles Lawrence, c’est par leur détermination coriace que les déportés ont survécu et gagné ce qu’ils voulaient. Malgré la disparition de la Nouvelle-France en 1763 avec le Traité de Paris, nous savons qu’à partir de 1764 plusieurs membres des familles qui ont habité la baronnie (seigneurie) de Pobomcoup et ses environs sont revenus s’installer sur leurs anciennes terres. Aujourd’hui, leurs descendants occupent toujours le territoire. Ceci donne à Pubnico l’unique caractère d’être une des plus vieilles communautés de l’Acadie d’origine où résident encore des descendants de leurs fondateurs.

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