> Nouveau-Brunswick Introduction historique

Ville de Bathurst, Nouveau-Brunswick, 1860 (gravure d’après une photographie de E.J. Russell)

Les réfugiés acadiens au Nouveau-Brunswick

Jusqu’en juin 1755, l’isthme de Chignectou faisait office de frontière provisoire entre le territoire du Nouveau-Brunswick, encore sous souveraineté française, et l’Acadie péninsulaire, désormais anglaise depuis la signature du traité d’Utrecht (1713). En juin 1755, la perte du fort Beauséjour, qui défendait l’isthme de Chignectou, marqua l’effondrement de l’Acadie française dans cette région, un an avant le déclenchement officiel de la guerre de Sept Ans entre Français et Anglais (1756-1763). De nombreux Acadiens s’enfuirent alors sur le territoire du Nouveau-Brunswick, auxquels s’ajoutèrent, à partir de l’été 1755, ceux qui fuyaient la déportation massive vers les colonies anglo-américaines. Dès lors ils n’eurent de cesse que de chercher à échapper aux détachements anglais chargés de les capturer…

Prairie des environs de Jemseg (Nouveau-Brunswick), un ancien village acadien détruit par l'expédition anglaise de la rivière Saint-Jean à l'automne 1758 (auteur Christopher Craig, licence CC BY 2.0)

La plupart des villages acadiens qui existaient sur le territoire du Nouveau-Brunswick, dont certains depuis plus d’un demi-siècle, furent méthodiquement détruits par les Anglais en 1755, puis en 1758 et 1759, après la capitulation de la forteresse de Louisbourg. Après la signature du traité de Paris (1763), les Acadiens qui s’étaient exilés ou revenaient de déportation furent ensuite autorisés à fonder de nouveaux établissements en Nouvelle-Ecosse ou le plus souvent aux limites de l’ancienne Acadie. Ils devaient cependant prêter le serment d’allégeance aux autorités d’Halifax (Nouvelle-Ecosse) et s’installer en petits groupes à l’écart de leurs anciennes terres maintenant réservées aux immigrants anglo-américains. Sur le territoire du Nouveau-Brunswick, les Acadiens choisirent de s’implanter près des bords de mer et des cours d’eau navigables, en périphérie est, nord et nord-ouest de la province, où ils espéraient vivre en sécurité. Quelles étaient ces communautés, dont les principales, citées ci-dessous, retracent l’histoire acadienne du Nouveau-Brunswick ? Revenons au début du 17e siècle…

Les anciens établissements acadiens

Plusieurs postes de traite fortifiés et forts militaires furent construits à l’embouchure de la rivière Saint-Jean (actuelle ville de Saint-Jean) et en amont de la rivière, avec un rôle stratégique de défense de l’Acadie française. Il s’agit notamment des forts La Tour (1631), Charnisay (1645) et Saint-Jean (1698), sur le site de Saint-Jean, et du fort Nashwaak (1692), sur le site de l’actuelle ville de Fredericton. A la fin du 17e siècle, la région n’était encore habitée que par les seigneurs locaux, leurs familles et très peu de colons. Il fallut attendre la cession de l’Acadie péninsulaire aux Anglais, par le traité d’Utrecht (1713), pour que les Acadiens de la péninsule rebaptisée Nouvelle-Ecosse commencent à s’installer le long de la rivière Saint-Jean. Un village acadien fut ainsi fondé vers 1730 à la pointe Sainte-Anne (Fredericton).

Le coude de la rivière Petitcodiac, à Moncton (auteur Sébastien Paquet, licence CC BY 2.0)

Dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, les premiers villages acadiens se formèrent vers 1700, à Chipoudy (aujourd’hui Hopewell Hill), dans la baie de Chipoudy, à Petitcodiac (aujourd’hui Hillsborough), le long de la rivière Petitcodiac, puis à Memramcook, le long de la rivière Memramcook. Les Acadiens cherchaient ainsi à coloniser les marais du fond de la baie française, à l’ouest de Beaubassin (baie de Chipoudy). Dans les années suivantes, ils fondèrent d’autres villages en amont de la rivière Petitcodiac, notamment Le Coude (La Chapelle), sur le site actuel de la ville de Moncton. Tous ces villages acadiens connurent un demi-siècle de prospérité, mais la période sombre s’annonçait bientôt…

Formation d’une nouvelle Acadie

Dès 1751, bien avant le déclenchement officiel de la guerre de Sept Ans, les deux forts militaires Beauséjour (aujourd’hui Aulac) et Gaspareau (aujourd’hui Port Elgin) furent construits pour empêcher les Anglais de franchir l’isthme de Chignectou. Inquiètes pour leur sécurité, de nombreuses familles acadiennes avaient déjà préféré quitter la péninsule pour rejoindre les territoires encore contrôlés par les Français. Elles s’étaient réfugiées à l’île Saint-Jean (actuelle Ile-du-Prince-Edouard) et au sud-est de l’actuel Nouveau-Brunswick, mais également le long des côtes de l’est de la province, de Shediac à Miramichi. La déportation massive de l’été 1755 provoqua un afflux important de réfugiés acadiens dans les campements provisoires de Shediac et de Cocagne, d’où ils furent par la suite dirigés vers le camp de Miramichi. Bien plus tard, le site de Memramcook fut recolonisé par les Acadiens vers 1766 et celui de Shediac vers 1767, mais le camp de Miramichi, tristement célèbre pour l’extrême misère de ses nombreux réfugiés acadiens, fut définitivement abandonné en novembre 1761.

Dans le nord du Nouveau-Brunswick, c’est précisément en novembre 1761 que les Acadiens réfugiés sur la rive sud de la baie des Chaleurs durent subir une attaque anglaise visant à les capturer, notamment à Bathurst et à Caraquet. Beaucoup d’entre eux réussirent cependant à échapper à la déportation. Il est probable que des colons acadiens restèrent dans leur village de Nepisiguit, sur le site actuel de Bathurst-Ouest, alors qu’il fallut attendre 1768 pour que les Acadiens de Caraquet reviennent sur leur terre de Saint-Anne-du-Bocage, dans la région de Haut-Caraquet.

A l’issue de la guerre d’indépendance américaine (1775-1783), des milliers de Loyalistes américains s’établirent le long de la rivière Saint-Jean. En juin 1785, inquiets pour leur avenir, des colons acadiens et canadiens français quittèrent la pointe Saint-Anne pour fonder une colonie francophone sur le territoire du Haut-Saint-Jean, en amont des chutes de Grand-Sault. C’est ainsi que se forma la colonie du Madawaska, sur les deux rives de la rivière Saint-Jean, où se trouvent aujourd’hui les villes d’Edmundston (Nouveau-Brunswick) et de Madawaska (Maine). Cependant, en 1842, à l’issue d’un long conflit frontalier entre le Canada et les Etats-Unis, la rivière Saint-Jean fut choisie comme frontière internationale, coupant en deux la colonie du Madawaska. Celle-ci garda pourtant jusqu’à aujourd’hui une remarquable cohérence culturelle transfrontalière.

Liste des communautés
acadiennes

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