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    – Un monument à la ténacité exceptionnelle d’un peuple
Grand-Pré
Le village de Grand-Pré et son pré fertile gagné sur mer (Photo crédit : Jamie Robertson, Le Paysage de Grand-Pré)

En 1665 à Port-Royal Pierre Melanson dit La Verdure, tailleur de pierres, épouse à l’âge de 27 ans Marguerite-Anne Mius d’Entremont âgée de 15 ans. Entre 1666 et 1679, six enfants naissent de leur union, soit Philippe-Charles (1666), Cécile (1668), Pierre (1670), Marie-Madeleine (1673), Marguerite (1676) et Isabelle Élisabeth (1679). La famille Melanson quitte Port-Royal en 1680 pour fonder une colonie plus à l’est. Ils s’installent sur le plateau qui surplombe le grand marais salé ou pré, dont l’établissement tire son nom. D’autres résidents de Port-Royal et sa région leur emboîtent le pas et bientôt un nouveau village acadien, actif et prospère, apparaît sous le nom de Grand-Pré. En 1750 on y compte environ 1350 habitants. C’est le plus grand établissement de l’Acadie. Le village, qui s’étire sur près de trois kilomètres le long du plateau, est formé de plusieurs maisons et de l’église paroissiale Saint-Charles-des-Mines. L’agriculture est en plein essor. Les familles acadiennes ont aménagé des digues pour contenir les eaux d’importantes sections du marais salé et ont mis en culture les terres fertiles asséchées. Elles obtiennent d’excellentes récoltes et expédient leur surplus de céréales et de bétail en Nouvelle-Angleterre et, après 1720, à Louisbourg, capitale de l’Isle Royale (aujourd’hui l’Île du Cap-Breton).

Une victoire française méconnue

En 1740 la guerre de Succession d’Autriche éclate entre la France et la Grande-Bretagne. Louisbourg, alors troisième ville la plus populeuse de la Nouvelle-France, est capturée le 28 juin 1745 par les forces coloniales de Nouvelle-Angleterre aidées d’une flotte britannique. Deux ans plus tard 525 miliciens anglo-américains du Massachusetts, sous la commande du colonel britannique Arthur Noble, viennent s’établir en surveillance à Grand-Pré. À leur arrivée en décembre 1747 une vingtaine de maisons des villageois sont alors réquisitionnées pour loger les troupes anglaises.

Dans son livre Une Seconde Acadie, H.R. Casgrain (aux pages 157 – 189) nous raconte en détails les péripéties de la bataille de Grand-Pré que très peu de gens connaissent. Il en ressort que les forces françaises ont été vainqueurs et les honneurs de la guerre ont été conférés aux Anglais. De plus, Nicolas Antoine II Coulon de Villiers et Louis de la Corne (né à Fort Frontenac, aujourd’hui Kingston, Ontario) ont reçu l’Ordre de Saint-Louis du roi de France pour leur participation à cette bataille.

La bataille de Grand-Pré
La bataille de Grand-Pré (Œuvre de Charles William Jefferys, domaine public)

En bref, sous la commande de Villiers 240 Canadiens accompagnés d’une soixantaine d’Autochtones et de 25 Acadiens partirent de Chignectou le 12 janvier 1748 en direction de Grand-Pré. Vers trois heures du matin, le 11 février, alors qu’une tempête de neige faisait rage, les forces françaises attaquèrent simultanément et par surprise les dix maisons hébergeant des officiers anglais. Après dix-huit heures de fusillade entre les belligérants et de combats rapprochés Noble est tué et remplacé par le commandant Benjamin Goldthwait qui capitule le lendemain. Les forces françaises récupèrent donc Grand-Pré et le bassin des Mines pour une courte durée. Car le traité d’Aix-la-Chapelle conclu le 18 octobre 1748 redonne à la Grande-Bretagne le territoire conquis.

Lieu historique national de Grand-Pré
Là où la solitude est peuplée de pensées (Photo crédit : Ken Morris, fineartamerica)

Depuis 2012, Grand-Pré est un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa “valeur universelle exceptionnelle” réside dans l’importance culturelle et naturelle des lieux qui exceptionnellement présentent à l’humanité toute entière, sans égard aux frontières nationales, un caractère inestimable. Trois caractéristiques fondamentales valorisent Grand-Pré et par ricochet les routes du peuple acadien, c’est-à-dire :

⭐️Le paysage de Grand-Pré témoigne de manière exceptionnelle d’un établissement agricole traditionnel créé au XVIIe siècle par les Acadiens, qui l’ont reconquis de la mer et qui est encore en usage grâce à l’utilisation des mêmes technologies et d’un système communautaire de gestion.

⭐️Grand-Pré est aussi le lieu mémoriel par excellence des Acadiens qui vivaient en harmonie avec les Mi’kmaqs avant d’être dispersés par le Grand Dérangement qui a débuté en 1755.

⭐️Les constructions mémorielles forment le pôle de la réappropriation symbolique de la terre de leurs ancêtres par les Acadiens, au XXe siècle, dans un esprit de paix et de partage culturel avec la communauté environnante.

Nous sommes toujours ici et nous y serons à jamais, aurait dit Évangéline…

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