D’une façon générale les quelque 1000 Acadiens déportés au Connecticut furent traités avec respect. Une loi concernant leur distribution à travers la colonie fut adoptée par l’Assemblée Générale avant leur arrivée, ce qui permit aux citoyens de se préparer à une cohabitation. Dans certains cas, les citoyens ont mis à la disposition de familles acadiennes des maisons inoccupées. D’autres ont financé le voyage d’Acadiens désireux de s’établir au Québec via Albany et les rivières Hudson et Richelieu en passant par les lacs George et Champlain.

Le Connecticut est la seule colonie anglo-américaine qui avisa ses citoyens à l’avance de l’arrivée des «habitants francophones de la Nouvelle-Écosse» (traduit de l’Anglais). Cette notification précoce facilita l’acceptation des Acadiens. Dans les archives de l’Assemblée Générale de janvier 1756 la Loi respectant la distribution des Français au Connecticut (traduction) réfère aux nouveaux arrivants à «être reçus et pris en charge». Un comité de réception fut créé et 50 communautés d’accueil furent désignées pour recevoir en moyenne quatorze Acadiens par communauté. À titre d’exemples, Norwich prévoyait 19 Acadiens, Fairfield 17, Hartford 13, New London 12, Guildford 11 et Bolton trois. En 1755, au début de la guerre de la Conquête, la population du Connecticut s’élevait à quelque 133 000 résidents, alors qu’en Nouvelle-France on comptait seulement 70 000 habitants.

La goélette Mystic Whaler près de New London
La goélette Mystic Whaler près de New London, Connecticut, où arrivèrent les navires de déportation des Acadiens

Selon les archives du Commonwealth du Massachusetts (volumes 23 et 24), les navires britanniques Dove, Edward, Elizabeth, et Two Sisters ainsi qu’une goélette inconnue arrivèrent à New London, le port d’entrée du Connecticut, en provenance de l’Acadie en décembre 1755 et dans le cours des premiers mois de 1756, avec plus de 1000 déportés acadiens à bord.

Traités avec respect

Parmi les familles déportées au Connecticut, via le Massachusetts dans certains cas, Pierre Hébert, son épouse Élisabeth Dupuis (aussi Dupuy) et leurs quatre enfants (Fabien, Marie-Isabelle, Anastasie et Simon) ainsi que son père René Hébert sont identifiés aux archives. Mention est faite qu’en 1772 la famille de Pierre Hébert quitta le Connecticut à destination de Laprairie au Québec. Ces archives détaillées dévoilent aussi l’exil du peuple acadien dans huit autres colonies britanniques d’Amérique, c’est-à-dire la Géorgie, le Maryland, le Massachusetts, New York, la Pennsylvanie et les Carolines du nord et du sud.

En bateau sur les voies navigables du Connecticut ou en charrette à l’intérieur du territoire, les citoyens transportèrent chaque famille acadienne vers l’une des 50 communautés choisies pour les recevoir et les prendre en charge aux termes de la loi applicable. René Hébert et sa famille, venus de Grand Pré en Acadie, aboutirent à Guildford sur le bras de mer de Long Island.

La Maison acadienne à Guildford
La Maison acadienne à Guildford, au Connecticut (courtoisie de Versageek, sans modification, licence CC BY-SA 3.0)

La maison sur la rue Union à Guildford, construite en 1670 par Joseph Clay, est appelée la «Maison acadienne». En 1756, elle appartenait à Samuel Chittenden. Devenue inoccupée, on raconte dans les légendes locales que son propriétaire l’aurait alors bénévolement mis à la disposition de René Hébert et sa famille. Cette maison est inscrite au registre national des lieux historiques des États-Unis depuis 1975.

En 1771, Pierre Hébert et ses huit enfants (quatre autres enfants naquirent au Connecticut) quittèrent Guildford vers Laprairie, Québec via Albany, New York. Leur voyage fut financé amicalement par des citoyens fortunés de Guildford. Pierre décéda à Laprairie près de Montréal le 29 février 1788 à l’âge de 78 ans.

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