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  • Louisbourg (Île du Cap-Breton)
    – Une menace aux colonies anglo-américaines

La forteresse de Louisbourg (une ville fortifiée plutôt qu’un fort) dont les travaux de fortification ont débuté en 1719 pour se terminer vers 1740 devint, à son apogée, une puissance commerciale redoutable sur les côtes Atlantique. Après Boston et Philadelphie, Louisbourg était le port le plus achalandé de l’Amérique du Nord. Son essor menaçait le développement économique de la Nouvelle-Angleterre et, au dire des colons anglo-américains, elle devait être conquise ou détruite. Sachez que la rade de Louisbourg, appelée avant 1713 “English Harbour” ou “Havre à l’Anglais”, était considérée l’une des meilleures stations portuaires du monde. Elle avait l’immense avantage d’être libre de glace toute l’année et était bien protégée par les contours de sa géographie.

La porte Dauphine
La porte Dauphine au Lieu historique national de la Forteresse-de-Louisbourg (photo crédit : Bill O’Shea, compilation par Eric Krause)

Aux yeux de Versailles la forteresse, qui a coûté en frais de construction plus de 30 millions de livres, avait pour objectifs de protéger la ville de Québec mais, surtout et avant tout, les intérêts français dans la pêche à la morue. La France n’aurait pas signé le traité d’Utrecht de 1713, ni celui de Paris en 1763, sans conserver un accès facile aux Grands Bancs morutiers de Terre-Neuve. D’ailleurs, le ministre de la Marine, le comte de Pontchartrain, déclarait en février 1715 : “Si la France perdait cette Isle (l’Isle Royale), cela serait irréparable et il faudrait par une suite nécessaire abandonner le reste de l’Amérique septentrionale”.

L’insolent succès de Louisbourg

Les remparts et leur batterie
Les remparts et leur batterie (Courtoisie de CBC/Radio-Canada)
Un coin de rue de la ville
Un coin de rue de la ville (Courtoisie de Expedia)
La place d’Armes et le logement du gouverneur
La place d’Armes et le logement du gouverneur (Courtoisie de Cape Breton Spectator)

C’est à l’automne 1713 que la colonisation du site de Louisbourg débuta avec l’arrivée de quelque 150 pêcheurs de la colonie de Plaisance à Terre-Neuve que la France venait de céder à la Grande Bretagne aux termes du traité d’Utrecht. Malgré les efforts des autorités françaises pour inciter les Acadiens de la Nouvelle-Écosse (anciennement l’Acadie) à venir s’installer à la forteresse de Louisbourg, peu d’entre eux acceptent de partir, car les terres rocailleuses de l’Isle Royale n’étaient guère propices à l’agriculture. Lors du siège de Louisbourg en 1758, il restait moins de 100 Acadiens dans la ville fortifiée. Selon les recensements de 1724, 1726 et 1734, environ 80 % des habitants de l’Isle Royale étaient nés en France. La plupart des Français provenaient des villes de Paris, de Saint-Malo, de Bordeaux, de Nantes, de La Rochelle, de Rochefort, de Limoges et de quelques autres.

La nouvelle ville de Louisbourg bourdonnait d’activités dès 1725. Près d’un millier d’emplois étaient reliés à la pêche. De nombreux marchands pratiquaient le commerce international. Avec tous ses petits magasins, entrepôts et ateliers de réparation Louisbourg avait un caractère hautement mercantile. Son port accueillait annuellement quelque 190 vaisseaux venant de France, du Canada, des Antilles, de la Nouvelle-Écosse et surtout de la Nouvelle-Angleterre, apportant en moyenne de 7000 à 8000 tonnes de marchandises. Vins, draps et tissus de France étaient échangés contre rhum, tabac et sucre des Antilles, la morue restait le principal article d’échange.

Émile Lauvrière, un grand historien français de l’Acadie, nous apprend dans son livre “La tragédie d’un peuple” publié en 1922 que le succès de Louisbourg fut son malheur. Il explique que les pêcheurs français de l’Isle Royale évinçaient de plus en plus ceux de la Nouvelle-Angleterre. Leurs bateaux avaient beau faire trois allées et venues par saison, les pêcheurs français non seulement prenaient plus de morue qu’eux, mais encore exportaient le leur en Europe, d’où une double perte pour la Nouvelle-Angleterre. Leurs industries de la pêche et de l’exportation n’avaient cessé de décroître depuis la fondation de Louisbourg. Du commerce des pêcheries que William Shirley (gouverneur du Massachusetts) estimait à un million de livres par an, la Nouvelle-Angleterre ne retirait plus que 138 000 livres. Par conséquent, les Anglo-Américains exécraient une colonie française qui les ruinait. Ils en voulaient la conquête ou la destruction.

Louisbourg fut capturé une première fois en 1745 par les colons anglo-américains, et une deuxième fois par les Britanniques en 1758 qui ont déporté les habitants en France, et les militaires français (prisonniers de guerre) en Grande-Bretagne. Ses fortifications furent détruites en 1760 une fois la conquête de la Nouvelle-France achevée avec la capitulation de Montréal.

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