Après la fondation de l’Isle Royale (aujourd’hui l’île du Cap-Breton), Antoine Gaulin (né à l’île d’Orléans et prêtre du Séminaire des Missions étrangères à Québec) rassembla en 1716 (selon les Mi’kmaqs) un grand nombre d’Amérindiens de la péninsule acadienne autour de sa grande mission d’Antigonish. Celle-ci se trouvait à l’intérieur du territoire britannique (l’Acadie anglaise) mais proche de l’Isle Royale (l’Acadie française). Plus tard, l’abbé Gaulin fonda plusieurs autres missions en Nouvelle-Écosse, notamment, au Cap-Sable, à La Hève (Lahave), à Shubénacadie (voulant dire “région abondante en arachides”), et à Mirliguèche (près de Lunenburg). Ses écrits de 1720 décrivent bien le peuple Mi’kmaq, mot signifiant “les gens du pays”, c’est-à-dire ceux qui habitent les terres de l’Est. Les extraits suivants en disent beaucoup sur ses hôtes : “En ce qui concerne les règles de la morale chrétienne, il était facile de les convaincre, car ils en pratiquent déjà beaucoup, bien que pour des motifs différents. Par exemple, le vol leur était inconnu, rien n’était sous clé, il semblait que tout était en commun, le mensonge était autant honni que le vol, la pluralité d’épouses était plutôt rare”. L’abbé Gaulin souligne aussi “L’hospitalité leur était très chère et la charité était généralement pratiquée. C’était même une question d’honneur d’aider les pauvres, surtout s’ils étaient des étrangers”. Puis il ajoute “Étant naturellement très flegmatiques, on les voyait rarement en colère. Ils n’étaient pas enclins à des accès de colère comme les Européens”.

Grandir en français à Pomquet
Grandir en français à Pomquet (Courtoisie du Conseil scolaire acadien provincial)

De nos jours, la partie acadienne du comté d’Antigonish est formée des villages de Havre Boucher, Tracadie et Pomquet, le dernier étant le plus francophone des trois.

Les pionniers acadiens

Pour marcher dans les souliers des Acadiens du comté d’Antigonish, il faut d’abord tenir compte de Charles Robin et de son entreprise transatlantique. Cet entrepreneur d’outre-mer est né sur l’île anglo-normande de Jersey située dans La Manche en face de Saint-Malo, France. En 1765, il fonda un commerce familial de morue séchée, la “Robin, Pipon et Compagnie”. Dès 1770, la société possédait plusieurs navires faisant la navette entre trois ports principaux, c’est-à-dire Jersey en Grande-Bretagne, Arichat sur l’île Madame au Cap-Breton, et Paspébiac dans la baie des Chaleurs où des milliers de quintaux de morue étaient asséchés sur les rives de la péninsule gaspésienne. La navigation entre Arichat et Paspébiac se faisait par le détroit de Canso. Le magasin général d’Arichat qui appartenait à Robin lui permettait d’apporter aux Acadiens et aux Mi’kmaqs le nécessaire pour la pêche et des denrées de première nécessité. En échange, le “Roi de la morue” acceptait d’être payé en morues, en saumons ou en fourrures. Son entreprise devint l’une des plus grandes sociétés commerciales du Canada, tout comme la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Nous savons qu’à partir de 1772 les navires marchands de l’entreprise Robin ont amené à Arichat plusieurs familles acadiennes en exil à Saint-Malo où seule “la rue des Acadiens” marque leur passage.

Village de Havre Boucher
Village de Havre Boucher (Photo crédit : Darlene Knoll, Pinterest)

Havre Boucher se situe dans la zone septentrionale du détroit de Canso au fond de la baie Saint-Georges. Bien que l’origine du nom reste inconnue, il est néanmoins probable que l’endroit tire son nom de Paul Boucher qui épousa Pélagie Coste au début des années 1780 à Arichat. Dix enfants sont nés à Havre Boucher de leur union.

Église Saint-Pierre de Tracadie
Église Saint-Pierre de Tracadie (Nouvelle-Écosse) dans la neige (Courtoisie du Toronto Star)

En ce qui concerne Tracadie, Guillaume Benoit et son épouse, Victoire Dugas, auraient été les premiers colons. Leur mariage (par consentement de la communauté) a été validé à Arichat par l’abbé Charles-François Bailly. Après coup, ils ont déménagé à Tracadie en 1772. L’église Saint-Pierre est la troisième église catholique érigée par la congrégation acadienne de Tracadie.

Pomquet est situé à seulement 40 kilomètres à l’ouest du détroit de Canso. Les premières familles acadiennes s’y sont installées en 1773. Elles s’appelaient Broussard, Duon (aujourd’hui Deon, D’Eon et DeYoung), Doiron et Vincent (tous Acadiens) et Louis Lamarre, un Français. En 1789, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse leurs accorda des concessions de terre. Puis, entre 1785 et 1794 d’autres familles acadiennes exilées en France arrivèrent de Saint-Malo, notamment des Brossard, Landry, Boudrot, Melançon, Rosia (maintenant Rogers), et Daigle ainsi que Louis Morell de Québec. Toutes reçurent des concessions de terre.

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