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  • Napoleonville (Bayou Lafourche)
    – Changements de nom au gré des événements

Au cours de son exploration de la partie inférieure du Mississippi en 1699 Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville (né à Montréal et considéré comme le « père de la Louisiane ») remonta le grand fleuve vers le nord-ouest jusqu’au pays des Washas, là où les eaux se dédoublent comme une fourche pour descendre vers le sud-est la « rivière des Washas », devenue le bayou Lafourche, avant de se jeter dans le golfe du Mexique à Port Fourchon. On dit que Bienville ayant exploré les premiers 48 kilomètres du bayou, long de 171 kilomètres, fut émerveillé par la symétrie des chênes verdâtres qui balisent toujours son parcours lui donnant l’air d’une grande allée majestueuse. Les Amérindiens furent les premiers habitants du bayou qui selon les géologues a été à une certaine époque le flot principal du Mississippi. Au fil du temps, les Chitimachas remplacèrent les Washas et le bayou prit alors le nom de « La Fourche des Chitimachas ». Bien avant l’arrivée des premiers colons français et acadiens en 1765, des missionnaires se sont aventurés dans la région. Il importe de se rappeler qu’à la fin de 1706 le père Jean-François Buisson de Saint-Cosme (originaire de Lauzon près de Québec) campa à La Fourche des Chitimachas avec trois compagnons, où se trouve aujourd’hui Donaldsonville. Pendant la nuit, le groupe fut attaqué par une bande de guerriers Chitimachas et tous furent tués à coups de flèches. Pour venger cette barbarie, Bienville, alors gouverneur de la Louisiane, convoqua les Natchez et quelques autres Premières Nations alliées pour prendre les armes contre les Chitimachas, avec le résultat que cette dernière tribu fut presque anéantie. Puis, l’endroit fut rebaptisé de son diminutif, « La Fourche ».

Carte du Bayou Lafourche
Carte du Bayou Lafourche d’une extrémité à l’autre (source Louisiana Historic & Cultural Vistas)

Colonisation du bayou Lafourche

Conformément à la documentation historique, c’est vers la fin des années 1760 que les premiers colons acadiens se sont établis dans le bassin du bayou Lafourche. Ils venaient de la Prairie des Attakapas, de la Côte acadienne, de la Côte des Allemands (via le métissage) et du Bayou Teche. Une vingtaine d’années plus tard, une deuxième cohorte de familles acadiennes exilées en France choisissent les terres riveraines du bayou Lafourche pour commencer une nouvelle vie en Amérique. Elles ont traversé l’Atlantique à bord de sept vaisseaux français nolisés par l’Espagne en 1785 aux fins de coloniser la Louisiane devenue espagnole en 1762. La colonisation du bayou Lafourche s’est faite du nord au sud, c’est-à-dire de son confluent avec le Mississippi à Donaldsonville vers son embouchure sur le golfe du Mexique près de la baie Timbalier.

Parmi les 89 familles (325 personnes) à bord du vaisseau le Saint-Rémi, 85 d’entre-elles s’établissent le long du bayou Lafourche. Voici leur nom de famille : Aucoin, Benoit, Billardin, Blanchard, Boudrot, Bourg, Boutary, Carret, Clément, Comeaux, Daigle, Darrois, Dugas, Durambourg, Gautrot, Garnier, Guérin, Guillot, Hamont, Hébert, Henry, Labauve, Landry, Leblanc, Lecoq, Lejeune, Leprince, Levron, Michel, Naquin, Pitre, Richard, Robichaux, Thériot, Thibodeaux et Trahan. Voici le répertoire des passagers des sept vaisseaux, par navire.

Les récits d’histoire des communautés de la paroisse de l’Assomption, plus précisément Bruslé Saint-Martin, Paincourtville, Plattenville, Napoleonville (le siège de la paroisse), Labadieville, et Pierre Part près du lac Verret, ainsi que Thibodeauxville (siège de la paroisse voisine de La Fourche) font tous mention de l’apport inoubliable des Acadiens.

Lac Verret
Un arbre isolé dans le lac Verret où les hivers sont doux (Photo crédit : Phil Orgeron, Pinterest.ca)

Le lac Verret (qui était relié à Napoleonville par un chemin ardu antérieurement à 1770) tire son nom de Nicolas-Pierre Verret, un commandant de Cabanocée sur la Côte acadienne de 1770 à 1775. Il était chargé par le gouverneur français sortant, Blaise d’Abbadie, d’aider les Acadiens à s’établir dans leur pays d’adoption. Beaucoup de descendants des Acadiens venus de France en 1785 ont affirmé préférer les bayous louisianais au froid de la Normandie et de l’ancienne Acadie. Leurs témoignages sont sans équivoque : « C’est un paradis ici… la vie est tellement mieux », « Ici, c’est le meilleur pays du monde entier », « La bonne vie, c’est dans le sud de la Louisiane au-dessus des bayous », et « On ne veut pas vivre ailleurs qu’en Louisiane ». D’où le slogan cayen le plus populaire de l’Acadiane « Laissez les bons temps rouler ».